Gracieusement pelotonnee dans un angle de la voiture, a demi-enfoncee dans des flots de gaze, elle

Le vieillard, bien qu’il affectat une certaine assurance, paraissait cependant assez inquiet. –Voyez-vous, Dolores, disait-il, tout cela n’est pas clair; malgre les affirmations repetees des chefs du gouvernement de la Veracruz, et la protection dont ils feignent de m’entourer, je n’ai aucune confiance en eux. –Pourquoi donc, mon pere? repondit nonchalamment la jeune fille. –Pour mille raisons; la principale est que je suis Espagnol, et vous savez que malheureusement a l’epoque ou nous sommes, ce nom est un titre de plus a la haine des Mexicains contre tous les Europeens en general. –Cela n’est que trop vrai, mon pere, mais permettez-moi une question. –Dites, Dolores, je vous ecoute. –Eh bien, je voudrais que vous me fissiez part du motif si pressant qui vous a engage a quitter subitement la Veracruz, et a faire ce voyage avec moi surtout, que d’ordinaire vous n’emmenez jamais dans vos excursions. –Le motif est bien simple, mon enfant, de graves interets reclament ma presence a Mexico, ou je dois me rendre le plus tot possible; d’un autre cote, l’horizon politique se rembrunit de jour en jour, j’ai reflechi que le sejour de notre hacienda del Arenal pourrait, d’ici a quelque temps, devenir dangereux pour notre famille. J’ai donc resolu, apres vous avoir laisse a site de l’entreprise Puebla chez notre parent don Luis de Pezal, dont vous etes la filleule et qui vous aime beaucoup, de pousser jusqu’a l’Arenal ou je prendrai votre frere Melchior, et de vous emmener dans la capitale ou il nous sera facile de trouver une protection efficace, au cas malheureusement trop facile a prevoir, ou eclaterait non pas une nouvelle revolution, car nous en subissons une depuis longtemps deja, mais un cataclysme qui renverserait tout d’un coup le pouvoir constitue, pour y substituer celui de la Veracruz. –Et vous n’avez pas eu d’autre motif que celui-la mon pere? demanda la jeune fille en se penchant a demi avec un leger sourire. –Quel autre motif pourrai-je avoir que celui que je viens de vous dire, ma chere Dolores? –Je ne sais pas moi, mon pere, puisque je vous le demande. –Vous etes une curieuse nina, reprit-il en la menacant en riant du doigt, vous voudriez bien me faire vous avouer mon secret. –Il y a donc un secret, mon pere? –C’est possible, mais quant a present il vous faut en prendre votre parti, car je ne vous le dirai pas. –Bien vrai, mon pere? –Je vous en donne ma parole. –Oh! Alors je n’insiste pas, je sais trop bien que lorsque vous prenez ainsi votre grosse voix, et que vous froncez les sourcils, il est inutile d’insister.

–Vous etes folle, Dolores. –C’est egal, j’aurais bien voulu savoir pourquoi vous avez pris un faux nom pour ce voyage. –Oh! Pour cela, je ne demande pas mieux que de vous le dire: mon nom est trop connu comme etant celui d’un homme riche, pour que je me hasarde a le porter par les chemins, lorsque tant de bandits fourmillent sur les routes. –Vous n’avez pas eu d’autre motif que celui-la? –Pas d’autre, chere enfant; je crois qu’il est suffisant, et que la prudence devait m’engager a agir ainsi que je l’ai fait.

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