Grace a leur concours intelligent, les bagages des deux jeunes gens furent en fort peu de

Leo Carral rentra alors dans le salon et annonca que tout etait pret pour le depart. –Messieurs, nous partirons quand il le site vous plaira, dit le comte. –Allons donc alors. Ils sortirent du salon, entoures par les guerilleros qui marchaient aupres d’eux en poussant de grands cris, mais cependant sans oser les approcher de trop pres, contenus, selon toute apparence, par le respect qu’ils portaient a leur chef. Lorsque tous ceux qui devaient quitter l’hacienda furent a cheval, ainsi qu’une dizaine de guerilleros commandes par un bas officier et dont la mission etait de servir d’escorte au retour a leur colonel, le guerillero s’adressa a ses soldats, en leur recommandant d’obeir en tout a don Melchior de la Cruz pendant son absence, puis il donna le signal du depart. En comptant les femmes et les enfants, la petite caravane se composait a peu pres d’une soixantaine de personnes; c’etait tout ce qui restait des deux cents serviteurs de l’hacienda. Cuellar marchait en avant, a droite du comte; derriere, se trouvait dona Dolores entre son pere et Dominique; puis venaient les peones, conduisant les mules de charges sous la direction de Leo Carral et des deux domestiques du comte; les guerilleros formaient l’arriere-garde. Ils descendirent la colline au petit pas, et bientot ils se trouverent dans la plaine; la nuit etait sombre, il etait environ deux heures du matin, le froid etait glacial, et les tristes voyageurs grelottaient sous leurs zarapes. Ils prirent la grande route de Puebla, qu’ils atteignirent au bout de vingt minutes environ, et adopterent alors une allure plus rapide; la ville n’etait eloignee que de cinq ou six lieues, ils avaient l’espoir d’y arriver au lever du soleil, ou du moins aux premieres heures du jour. Soudain, une grande lueur teignit le ciel de reflets rougeatres et eclaira au loin la campagne. C’etait l’hacienda qui brulait. A cette vue, don Andres jeta un regard triste en arriere en poussant un profond soupir, mais il ne prononca pas une parole. Seul, Cuellar parlait; il essayait de prouver au comte que la guerre avait des necessites facheuses, que, depuis longtemps deja, don Andres avait ete denonce comme un partisan avoue de Miramon, et que la prise et la destruction de l’hacienda n’etaient que les consequences de son mauvais vouloir pour le president JuArez, toutes choses auxquelles le comte, comprenant l’inutilite d’une discussion sur un semblable sujet avec un pareil homme, ne se donnait meme pas la peine de repondre. Ils marcherent ainsi pendant trois heures environ, sans que nul incident ne vint troubler la monotonie de leur voyage. Le soleil se levait, et, aux premieres lueurs de l’aurore, les domes et les hauts clochers de Puebla apparurent au loin decoupant leur silhouette noire et encore indistincte sur l’azur fonce du ciel.

Le comte fit faire halte a la caravane.

–Senor, dit-il a Cuellar, vous avez loyalement accompli les conditions stipulees entre nous, recevez-en ici mes remerciements et ceux de mes malheureux amis; nous ne sommes plus qu’a deux lieues au plus de Puebla, voici le jour, il est inutile que vous nous accompagniez davantage.

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