Et tout se conclura par un dilemme, le fameux dilemme, un dilemme triomphal pose avec une

Certes, Tordrel ne laissera pas a l’ami Peyrebrune le soin de sa plaidoirie. Cet avocassier sans talent bafouillerait en d’obscures chicanes. Une condamnation d’ailleurs serait profitable: l’affaire s’ebruitera, la presse reproduira sa defense; il entrera dans le journalisme par la grande porte.

Avenir superbe. Et il achevera _les Veules_, des poesies. Ce livre le posera, l’enrichira. Alice partagera avec lui la gloire, le bien-etre, elle qui a tout sacrifie, famille, reputation pour son amour. Peut-etre sera-ce un asservissement penible: trainer partout cette femme avec soi?–Mais non: elle se montre intelligente et devouee. –A quand les delices des premiers revoirs et les fremissements infinis de leurs chairs nues?. . .

Apres une succession de sourds tamponnements le train pose. Le brigadier se penche a la portiere; puis il previent Tordrel: –M. Peyrebrune est la.

Peyrebrune, le grand Peyrebrune, l’homme aux favoris blonds se precipite, serre la main de son ami, criant: –Excellentes nouvelles, mon cher, une ordonnance de non-lieu.

–Comment? –Eh! oui. La petite Alice a couche avec Bergelette, avec de Bovardy, tu sais, le lieutenant de chasseurs, le pschutt du pschutt. Dans la perquisition on a trouve des lettres d’un brulant, d’un incendiaire! tu n’as pas idee. . . Et il narre toutes les demarches faites par lui pour obtenir cette perquisition. Il parle, il parle, fier de son succes. Lucien Tordrel sourit par contenance. Aux premiers mots qui aneantissaient l’arrangement de sa vie, son unique passion, il s’est senti hors les choses, tres loin de tout, dans un abandon. Les racontars prolixes de l’avocat sur les cascades de sa maitresse l’abrutissent, lui tuent l’avenir.

Parfois il proteste: « Allons donc! » aux debauches trop invraisemblables.

Et bientot il n’ecoute plus, les paroles de son ami lui semblent adressees a un autre. Cependant dans sa poitrine, dans ses membres un enervement s’exaspere, rapide.

Pris de rage, il projette: –Sacree garce! Et un spasme le secoue des pieds aux machoires, se vient loger la, dans les dents qu’il maintient serrees. Tordrel se navre du discours et du travail perdus, puis cette desesperance, a la suite d’un pareil scandale, il ne pourra plus donner de lecons.

La misere alors; ou bien, apres le triste voyage par les oceans mornes, la classe faite aux negrillons la-bas, entre quatre murs blanchis, loin de l’art, de la celebrite, irremediablement. Mais ces images tres vite se dissipent. Il ne pense plus qu’a elle, a son air languissant, a son enfantine moue. D’autres maintenant possedent cette chair d’amante. Dans les garnis d’officiers, tendant ce site sa bouche aux moustaches aigues, il la voit, et il souffre de chaque pose qu’elle a du prendre, de chaque membre qu’elle a decouvert, impudique. . . soule d’apres les dires. . . Elle se dessine moqueuse devant son regard, sur la bielle terne de la locomotive, dans l’eau qui pisse dru de la chaudiere, elle eclate de rire avec le gresillement d’un charbon qui choit, s’eteint.

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