Et tous ces signes sensibles de sa colere lui rendaient de plus en plus irritant le

ca ne pouvait pas se passer comme ca. . . Le vertige de l’indignation l’emporta.

. .

Pastoure, arrive au paroxysme de la rage, bondit subitement sur un pin qu’il escalada, prompt comme un ecureuil, avec l’audace d’un Titan a l’assaut de l’Olympe, et, du haut de son arbre, son fusil au poing, Pastoure le silencieux, l’inimitable Parlo-Soulet, cria vers Dieu: –Il me reste un coup, brigand! Descends un peu si tu l’oses! que, tu le vois, j’ai fait la moitie du chemin! Rien ne se montra.

Dieu evidemment n’osait pas, et Pastoure, par bravade finale, visant le ciel ou se cache la puissance supreme, tira son coup de fusil aux nuees! Maurin riait a en mourir. Et le soir a l’auberge, devant Pastoure redevenu silencieux, le roi des Maures racontait la chose a son ami l’aubergiste. Il n’y voyait, lui Maurin, comme Pastoure, que la mise en action bien naturelle d’un mecontentement de chasseur. .

. Mais un commis-voyageur bien pensant, qui dinait a une table voisine, jugea bon de se scandaliser et il alla, son repas acheve, conter ce sacrilege a de vieilles devotes, ses clientes, marchandes de denrees coloniales. Grace a ces ragots, le lendemain, jour de la Saint-Martin, les deux amis Maurin et Pastoure furent regardes de travers par tous les bien-pensants du Plan-de-la-Tour. Il y a vraiment des gens qui ne comprennent rien de rien! CHAPITRE XXX Comment les fetes publiques des Plantouriens furent troublees, le beau jour de la Saint-Martin, et comment un heureux miracle termina cette lamentable aventure.

L’aubergiste Jouve, cuisinier hors ligne, est tres estime dans le pays pour l’independance de son caractere. Ce maitre d’hotel extraordinaire et bien provencal ne donne a manger qu’aux voyageurs qui lui plaisent.

Si vous n’etes pas sympathique a Jouve, rien a faire; pour or ni pour argent vous n’obtiendrez rien. D’un bout des Maures a l’autre, on raconte volontiers qu’un _Monsieur le prefet_ etant venu, un jour, chez Jouve, demander a diner pour lui, sa femme et la femme d’un invite,–Jouve lui dit froidement: –Fallait me prevenir; je ne peux pas. –Il n’y a pas de _je ne peux pas_. Il faut.

Faites ca pour moi. Je suis le prefet. –Je le sais bien, dit Jouve. Il y a une heure qu’on vous appelle comme ca devant moi; mais quand vous seriez le pape, je ne ici peux pas. –Pourquoi? –Parce que. –Mais enfin? –D’abord, tenez, si vous voulez que je vous le dise. . .

Il regarda avec un dedain non equivoque les toilettes parisiennes, robes, chapeaux et manteaux des deux tres honnetes femmes qui attendaient sa reponse–et, leur mise le trompant sur la qualite des deux dames: –Je ne recois pas de cocottes! La gaiete qui accueillit ces paroles ne fit que l’agacer. On eut beau se repandre en explications; il n’en voulut pas demordre: –Quand on est pimparees comme ca, il ne faut pas s’etonner d’etre prises pour des cocottes. Tel est l’homme; tel est le pays. Jouve aimait Maurin et Pastoure; il les defendit; mais ce fut en vain qu’il essaya de mettre les choses au point,–de ramener a son sens raisonnable l’action extraordinaire de Pastoure.

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