–et sur qui aurait-elle des intentions? demanda orsini

Alessandri hesita. Brave homme au fond, il se demandait s’il n’accusait pas a la legere la jeune fille. Mais il se dit que si elle avait reellement un penchant pour ce Maurin qu’il meprisait, c’etait la sauver que d’en parler a son pere. –Sur qui, pensez-vous? repeta le forestier. –Mais. . . sur le braconnier Maurin!. . . voir la page Orsini se leva tout pale. –Per Bacco! si je savais ca! Un homme de rien! un coureur de filles!. . .

un braconnier! Savez-vous quelque chose la-dessus, Sandri? Il se rassit et, froidement: –C’est que, voyez-vous, je la tuerais! Il allait vite aux conclusions farouches, le Corse. Sandri se replia en bon ordre. –Je ne sais rien; c’est une crainte. –Sans un motif? –Les amoureux sont trop facilement jaloux, j’ai cru surprendre un regard. –A quelle occasion? –Le jour de cette battue contre les bandits.

–C’est sur que, ce jour-la, il s’est bien conduit, le braconnier, fit Orsini.

–Peuh! ils etaient trente contre trois, dit Sandri. –Alors elle lui a souri? –Il m’a semble. –Ah! ces filles! dit Orsini.

. . Nous autres hommes, nous savons choisir sagement.

Etre bandit ou gendarme, en Corse, la question peut se poser pour les hommes.

Pour nos femmes, elles preferent toujours, sans reflexion, le bandit, les gueuses! Mais quand le pere est soldat, ca ne peut pas aller comme ca, non. Touchez la, Sandri, je vous promets ma fille. C’est votre fiancee; mais je vous avertis que je ne consentirai au mariage que le jour ou vous serez nomme brigadier. –Je vous ai dit l’autre jour, beau-pere, que cela ne saurait tarder. Orsini ouvrit la porte et, du seuil, poussa un long appel qui courut toute la colline: « Eh! Oh! » puis il revint s’asseoir.

Son parti etait pris. –Mais, vous, Alessandri, dit-il, il faut, de votre cote, renoncer a vos histoires; on les connait. Je vous ai rencontre moi-meme serrant de pres la Margaride, la servante de l’auberge des Campaux. Le gendarme aux joues roses et bleues rougit vivement. –Vous ne voudriez pas, dit-il, qu’a mon age. . . –Non, certes!. . . Mais il serait temps de laisser cette fille a sa vaisselle. . . –Il y a longtemps que.

.

. , commenca Sandri. –Bah! je vous ai vus ensemble le soir meme de la battue.

On ne se gene pas pour dire que si vous poursuivez si souvent des malfaiteurs, supposes ou vrais, sur nos territoires, c’est surtout pour avoir l’occasion de rencontrer la Margaride. Il faut laisser ca de cote, Sandri. Soyez prudent; ma fille est une terrible. –C’est compris, dit le gendarme.

Essoufflee et toute rose, Tonia entrait.

–Tonia, dit le pere brusquement, je te permets d’embrasser ton fiance.

Alessandri etait debout, gante de blanc, reluisant.

Avec son visage rose, il semblait tout neuf. Tonia eut une hesitation legere et marcha vers lui comme a contre-coeur. –On dirait, fit le pere, que ca ne te fait pas plaisir? Arrivee pres d’Alessandri elle s’arreta, offrant la joue sans la lui tendre. Le gendarme avanca ses levres et embrassa la belle fille. –Nous voici fiances, dit-il.

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