Et si tu files de saint-tropez, c’est moi, maurin, qui t’irai chercher par les oreilles

–J’irai ou je voudrai, gronda Cesariot.

Lachez-moi, a la fin! Il n’y a pas de Maurin qui tienne! Les hommes sont libres. . . Je veux aller chez mes patrons si je veux et n’y pas aller si je ne veux pas. –Ve! fit Maurin d’une voix satisfaite; il a du sang, le drole! Puis, de sa voix de commandement et de colere: –Tu vas me promettre d’obeir, bougre de gamin! Tu n’es qu’un gamin et qu’un polisson, en train de preparer une action de betise et de mauvaisete: et je t’empecherai, sur comme je m’appelle Maurin! –Vous m’empecherez! vous! et de quel droit? hurla Cesariot. –Du droit de ceci, repliqua Maurin.

Il avait saisi le « pitoua » par la cravate et il le secouait en le poussant devant lui. Le jeune homme, qui reculait d’un pas a chaque saccade, vint s’adosser au tronc enorme du pin centenaire. Hercule, voyant qu’il y avait bataille, voulut en etre et sauta aux jambes de Cesariot. –Couche, Hercule! ne me l’abime pas! cria Maurin. Hercule obeit. Cesariot ralait dans sa cravate.

–Promets-tu? demanda Maurin. L’autre, sans repondre, chercha sournoisement a sa ceinture, dans la gaine de cuir, un de ces couteaux de marin qui ne se ferment pas. En voyant luire la lame, Maurin eut un de ces mouvements d’exasperation durant lesquels un homme a le temps de faire un grand malheur. –Ah! fils de garce! murmura-t-il. . . Que ta mere me pardonne! Son adversaire, qui etait vigoureux, echappa, d’une secousse brusque, a son etreinte; son gilet s’etait deboutonne; un voir la page lambeau de sa chemise etait reste aux mains de Maurin. Et le don Juan des Maures tout a coup demeura stupefait, saisi d’une emotion terrible, en presence de son fils arme.

Maurin, immobile, pale, regardait Cesariot qui, egalement immobile, demeurait pret a reprendre la lutte avec son large couteau luisant au soleil.

La figure de Maurin eut une expression extraordinaire de terreur et d’energie qui, sans doute, paralysa les moyens de defense de son adversaire, car, en un tour de main, Maurin, se jetant sur lui tout a coup, l’eut desarme.

Cela fait, il prit le couteau par la pointe entre le pouce et l’index, et le lanca a toute volee dans les branches du pin, avec tant d’adresse qu’il y resta plante, tres haut, dix fois hors d’atteinte; puis empoignant Cesariot par un bras, Maurin se mit a le battre coup sur coup, a grands plats et revers de main, puis, a coups de poing et a coups de pied, sans que l’autre put parvenir a se proteger avec son bras reste libre. . . Sous cet orage de coups, le pauvre garcon, si hardi tout a l’heure, oubliant subitement toute revolte, tout orgueil, redevint un petit enfant et se mit a trembler a la fin, en repetant plusieurs fois, sur un ton touchant d’ecolier pris en faute: –Pourquoi ca? Pourquoi ca, maitre Maurin? Et entre deux maitresses gifles, le don Juan des Maures lui repondit, d’une voix de tonnerre: –Parce que je suis ton « pero »! Cette revelation ne produisit pas dans l’esprit de son fils l’effet qu’en attendait Maurin; Cesariot n’eprouva aucune joie.

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