Et si l’ane ne vola pas, c’est qu’en retirant le roseau, le maire l’avait degonfle du

Mais la chose se fera, soyez-en surs, un jour ou l’autre, peut-etre demain, peut-etre ce soir. –Allons, dit Maurin, a table! Toutes ces belles histoires ne valent pas en ce moment un chapon bien huile, accompagne d’une aile de perdigaou.

Faites-vous des forces, Tonia, que tout a l’heure il vous faudra redescendre jusqu’a la ville des Pignes. Et se tournant vers l’ermite: –Ta premiere histoire, saint homme, ne vaut pas, bien sur, le prix que je t’en ai donne. La seconde vaut mieux, mais je la connaissais. Je ne te l’ai fait conter que pour amuser cette demoiselle.

Et cette fois tu as reussi. .

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Repasse-moi la salade. . . Ton vin vaut mieux que tes histoires. –Il y a en ce monde, dit l’ermite, des vignerons charitables; d’ailleurs le vin se vend si mal, cette annee, qu’ils peuvent facilement en donner aux pauvres, sans meme y avoir aucun merite devant Dieu. C’est pourquoi j’en ai recu de bon, sans avoir, moi, a en etre reconnaissant. Sous l’ombre des pins trouee de taches de soleil, ils mangerent de grand appetit, tous trois, en silence, longtemps. Quand on fut au dessert de figues seches, a la liqueur de fenouillet et a la pipe, l’ermite aux levres reluisantes reprit la parole: –Si cela vous amuse, fit-il, je puis vous en conter d’autres, de mes histoires. Tenez, j’ai vu ici, pas plus tard que l’autre jour, une compagnie de chasseurs qui, au dessert, jouaient a imiter une chasse: « ve! ve! lou lapin! ve! ve! la lievre! ve! les perdreaux! » Et chacun sur la bete annoncee tirait, selon ses munitions, un coup seul, pan! ou un coup double pan! pan! ou deux coups doubles pan! pan! pan! pan!.

. . vous ne devinerez jamais avec quel fusil. . . –Saint homme! dit gravement Maurin, silence! je ne vous comprends que trop! Cela suffit. . . Je vous excuse parce que j’ai toujours entendu dire que les gens qui ont fait des voeux de chastete aiment certaines plaisanteries qui les voir la page aident a prendre gaiement leur malheur. . . Mais j’ai la-dessus mon idee; et mon idee, c’est qu’il y a des chasses qu’on ne doit faire que tout seul et des paroles qu’un homme ne doit dire qu’a lui-meme, comme fait par habitude mon ami Parlo-Soulet. Ta derniere histoire me deplait. –Cela m’etonne, dit l’ermite, car une chose rend droles toutes mes histoires, a ce que m’ont assure l’autre jour des dames de Paris, c’est la robe que je porte.

–Je m’en doutais! fit Maurin, tu es un imbecile quand tu es tout nu! –Monsieur, dit l’ermite, completement ivre mais profondement vexe, je peux vous faire voir. . . –As-tu un lit? interrogea Maurin. –Parbleu, dit l’ermite. Et de paille toute fraiche. –Eh bien, va te coucher. L’ermite, avec la docilite d’un ivrogne qui a ete sacristain, y alla.

CHAPITRE XXXVIII En quels termes le don Juan des bois refusa mariage a la belle Corsoise avec une sincerite digne d’estime. Quand l’ermite les eut laisses seuls et se fut alle coucher, les deux amoureux se repeterent a loisir ce qu’ils s’etaient deja dit. Maurin decida qu’il accompagnerait Tonia jusqu’aux abords de Pignans.

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