–et si je ne voulais pas te donner ce conge? –je recommanderais mon ame a dieu,

d’Assonville, et me ferais sauter la cervelle apres. –Il n’y aurait peut-etre pas grand mal a cela; ce serait autant de besogne epargnee a mes sapeurs! –J’attends, mon capitaine, reprit Belle-Rose.

M. de Nancrais le regarda une minute: c’etait un homme qui se connaissait en physionomies; l’expression de celle du sergent lui fit comprendre que Belle-Rose avait pris une resolution irrevocable, et que cette resolution partait d’une secousse violente. Il aimait le fils du vieux fauconnier plus qu’il ne le laissait voir, il se decida donc sur-le-champ. –Mais que se passe-t-il a Saint-Omer? reprit-il. –Mlle de Malzonvilliers se marie. –Eh bien! qu’est-ce que ca te fait? –Je l’aime. –Ah! voila une excellente raison! Sous toutes les folies que les hommes entreprennent, cherchez, et vous trouverez une femme! Voyons, Belle-Rose, que feras-tu a Saint-Omer? –Je la verrai. –Et si elle ne veut pas te recevoir? –Il adviendra ce que Dieu voudra. –C’est de la frenesie! Mon frere et toi vous m’aviez bien conte cette histoire, mais je l’avais presque oubliee! Un amour de soldat, mais c’est une fleur d’automne! Belle-Rose regarda la paris click pendule; ce mouvement n’echappa point a M. de Nancrais. –Eh! mon garcon, il n’y a qu’un quart d’heure! Qu’est-ce? –C’est une lieue. Le capitaine s’approcha de la table, ecrivit quelques mots sur un bout de papier et signa.

–Va-t’en au diable! dit-il a Belle-Rose en lui donnant le papier.

Mais au moment ou Belle-Rose se retirait, il lui prit la main: –Tu es le fils du vieux Guillaume, mon ami, ne fais pas de sottise; tu nous affligerais, M. d’Assonville et moi; tu as l’ame honnete, aie le coeur fort.

Belle-Rose serra la main de M. de Nancrais et s’elanca hors de l’appartement. VII LES GOUTTES DU CALICE Un quart d’heure apres avoir quitte M.

de Nancrais, Belle-Rose, a cheval sur un bidet de poste, courait ventre a terre sur la route de Saint-Omer.

A tous les relais il donnait de l’or aux postillons et frappait ensuite sans relache les flancs de sa monture a coups d’eperons. Belle-Rose filait comme un boulet. Quand il apercut le clocher de Saint-Omer, il n’avait pas dit quatre paroles, mais il avait creve quatre chevaux. Au dernier relais, il sauta sur la route et prit a travers champs dans la direction de Malzonvilliers. Les sons de la cloche lui venaient par volees; bien que ce ne fut pas un jour de fete, personne ne travaillait. Cette solitude et ces tintements confondus serrerent le coeur du sergent; il precipita sa marche et atteignit haletant le chateau. Si tout etait silence dans la campagne, tout etait tumulte et confusion a Malzonvilliers. Toutes sortes de laquais allaient et venaient, et les paysans buvaient et chantaient. Belle-Rose se glissa au milieu de cette foule qui ne prenait point garde a lui; mais, au moment ou il allait s’elancer sur la terrasse, les portes du chateau s’ouvrirent a deux battants, et une procession de gens richement costumes parut sur le seuil. La foule se decouvrit, les cloches rebondirent avec eclat, et Belle-Rose vit derriere le porche d’une chapelle voisine resplendir dans l’enceinte du choeur mille cierges allumes.

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