Et ses reins s’encastrent plus profondement dans les coussins ou il repose

Soudain, au-dessus de lui, une mere gifle son mioche. Pour esquiver d’autres coups, l’enfant se roule, ahuri, pese du talon sur le chariot du cul-de-jatte qu’il ne voit pas.

Catastrophe.

Une commotion ebranle ephraim qui s’effondre avec son assise. Les poignees ou ses mains prenaient appui roulent au loin. Cependant il tente une fuite, mais un eclat aigu de planche brisee raye les dalles et s’oppose a la progression des roues.

Un desespoir: calculer la depense d’un tape-cul neuf et le prix de la course en fiacre pour rentrer. Et puis, la crainte d’etre pietine! Par malheur, la-haut, des disputes se clament; de furieuses gesticulations se detendent, il se bave de rageuses injures, et des enfants pleurent. Bientot le juif s’epouvante a parer en vain des horions indus; des poings le frolent et l’accrochent, des genoux cognent son dos. Il s’exaspere, il redoute qu’on ne lui marche sur les doigts et ne cesse de crier, melant des invectives a ses requetes de secours. Alors, peu a peu on s’apaise. Des oreilles s’inclinent vers l’infirme; il y verse des recriminations pleurardes, apitoyantes, avec l’intonation qu’il suppose devoir le plus facilement toucher. A grands soins, on le porte dans le chambranle d’une fenetre, entre des steles entamees de nombreux hieroglyphes. ephraim Samuel s’enorgueillit de ces prevenances unanimes. Il se laisse faire, plaignard avec une muette esperance de ripailles qu’on paiera pour le reconforter. Seul, un jeune homme propose aller querir un fiacre. A peine le juif decu de ses voeux remercie-t-il.

Il maudit son infirmite et l’indifference egoiste des valides. Puis les gens recommencent a circuler, bavards. Un brave homme a la blouse roide, un provincial egare dans Paris, reste encore; et, mettant a profit l’aide pretee, il se renseigne sans fin sur l’itineraire a suivre pour gagner le boulevard Barbes. Ensuite il part. III –C’est rien chien, tout de meme, murmure le juif, de ne pas laisser un sou pour la casse! Quant a Tabourdel, l’ebeniste, il peut fouiller ses profondes, pour sur.

On ne se fiche pas ainsi du monde! Et il detache les courroies qui le tiennent encore lie aux debris du chariot: du bois perdu, et mauvais!–Il repose ses membres ereintes par la course fournie. Au dehors, l’averse s’ecrase toujours sur les vitres.

Entre les colosses de granit et les tombeaux de marbre noir, la cohue se fait plus dense, pietine, laisse pisser partout les parapluies. Du dejeuner, il demeure au juif une ivresse qui lui montre les choses fluides. La tete pese. Le bruit monotone des pas et des conversations susurrees ronflent autour de lui et bercent. –Pas de voiture. –Pendant cette inoccupation, un degout pour l’egoisme des autres inspire a ephraim Samuel des projets de revanche; mais, bizarrement, l’enfilade de ses idees s’embranche de digressions et se troue de subites lacunes: venue du sommeil. A plusieurs drive master reprises il leve ses paupieres qui tombent, et se decolle peniblement les cils. Il songe qu’on le saura bien avertir a l’arrivee du fiacre.

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