–et qui donc? –connaissez-vous el rayo, senor frayle? –!_santa virgen_! si je le connais, illustre commandant!

–Vous l’avez arrete? –Pas encore, mais dans quelques minutes ce sera fait, je le cherche. –Ah bah! Ou est-il donc? –Tenez, la, dans ce rancho que vous apercevez d’ici, repondit l’officier en se penchant complaisamment vers le moine et en etendant le bras dans la direction qu’il lui indiquait. –Vous en etes sur, illustre commandant? –!_Caray_! Si j’en suis sur! –Eh bien, je crois que vous vous trompez.

–Hein? Que voulez-vous dire, sauriez-vous quelque chose? –Certes, je sais quelque chose, puisque el Rayo c’est moi! !_Ladron maldito_! Et avant que l’officier, atterre de cette revelation subite a laquelle il etait si loin de s’attendre, eut repris son sang-froid, el Rayo l’avait saisi par la jambe, l’avait jete a terre, s’etait mis en selle a sa place, et, s’armant de deux revolvers a six coups caches sous sa robe, il se precipitait a fond de train sur le detachement, en faisant feu des deux mains a la fois et poussant son terrible cri de guerre: El Rayo! El Rayo! Les soldats, aussi et meme plus surpris que leur officier de cette attaque si rude et si imprevue, se debanderent et s’enfuirent dans toutes les directions. El Rayo, apres avoir traverse tout le detachement, dont il tua sept hommes et renversa un huitieme du poitrail de son cheval, ralentit tout a coup l’allure rapide de sa monture, et, apres s’etre arrete pendant quelques minutes d’un air de defi a une centaine de pas, voyant que les dragons ne le poursuivaient point; ce que les pauvres diables, epouvantes, n’avaient garde de faire, car ils ne songeaient qu’a s’enfuir, en abandonnant leur officier, il tourna bride et revint vers celui-ci, toujours etendu sur le sol, comme s’il eut ete mort. –Eh! Commandant, lui dit-il en mettant pied a terre, voila votre cheval, reprenez-le, il vous servira a rejoindre vos soldats; quant a moi, je n’en ai plus besoin, je vais vous attendre au rancho ou, si vous conservez le desir de m’arreter et de me faire fusiller, vous me trouverez pret a vous recevoir jusqu’a demain huit heures du matin; au revoir.

Il le salua alors de la main, enfourcha sa mule et se dirigea vers le rancho, ou effectivement il entra.

Nous n’avons pas besoin d’ajouter qu’il dormit paisiblement jusqu’au matin, sans que l’officier et les soldats, si acharnes a sa poursuite, osassent venir troubler son repos ils etaient repartis pour la Veracruz, sans retourner la tete. Voila quel etait l’homme dont l’apparition inattendue ici au milieu de l’escorte de la berline avait cause une si grande frayeur aux soldats et entierement glace leur courage. El Rayo demeura un instant calme, froid et sombre en face des soldats groupes devant lui, puis d’une voix breve et nettement accentuee: –Senores, dit-il, vous avez, il me semble, oublie que nul, si ce n’est moi, n’a le droit de commander en maitre sur les grands chemins de la Republique. Senor don Felipe Neri, ajouta-t-il en se tournant vers l’officier immobile a quelques pas de lui, vous pouvez rebrousser chemin avec vos hommes, la route est parfaitement libre jusqu’a Puebla; vous me comprenez n’est-ce pas? –Je vous comprends, caballero; cependant il me semble, repondit en hesitant le colonel, que mon devoir m’ordonne d’escorter.

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