Et quand il fut redescendu, il contempla une bonne minute avec attendrissement le terrible couteau du

Depuis quelque temps, les querelles devenaient frequentes dans la maison du garde forestier Orsini. Ses chefs le malmenaient un peu, et il pretendait que c’etait a cause de son histoire avec Maurin et Alessandri. L’aventure s’etait ebruitee en effet et ses superieurs lui en avaient parle sur un ton de blame severe. Orsini, de mauvaise humeur, ne manquait plus aucune occasion de « mal parler » du braconnier en presence de sa fille. Elle lui rappelait inutilement le service qu’elle devait au chasseur si decrie. Elle se lamentait. Elle alla plus d’une fois jusqu’a pleurer de rage. Et de souffrir ainsi pour le beau Maurin, cela ne pouvait pas le lui faire oublier plus vite. Un jour son pere lui dit gravement: –Viens ici, Tonia. Ecoute; je n’ai qu’une parole,–et toi aussi, j’espere, car j’ai remplace de mon mieux ta mere morte et je t’ai elevee, non comme les femmes elevent les femmes, mais comme un brave homme eleve un brave garcon. Eh bien, je te sens sur le chemin de manquer de parole a Alessandri. Tu penses trop a l’autre.

. . a ce bandit de Maurin. Cela me contrarie, je te laisse voir ma mauvaise humeur a toute minute; je me fache trop souvent; tu m’en veux, tu t’irrites; cela n’arrange pas les choses. . . au contraire, tu n’en penses peut-etre que davantage a ton mauvais sujet. C’est pourquoi j’ai resolu de te parler serieusement et c’est ce que je fais en ce moment-ci. Si tu es ensorcelee ou pres de l’etre, pour l’amour de Dieu, resiste! Va voir un cure. Adresse-toi a la Madone, mais ne te laisse pas perdre. Ce Maurin est un gueux qui trompe les filles, tout le monde le sait, et qui tromperait sa femme. Et avec ce gendre-la je serais bien sur de rester toute ma vie sans avancement, ou meme d’etre force de prendre ma retraite. Ce discours toucha beaucoup la violente Tonia.

Les coleres habituelles de son pere la mettaient en revolte. Cette ferme douceur, cet appel a sa raison la soumirent du premier coup. –Helas! repondit-elle, vous avez raison, mon pere.

Je me dis cela bien souvent. Et, comme vous le devinez, je me sens ensorcelee; et si, oui, la Madone ne me delivre pas, je suis sure que les choses n’iront pas bien.

Alors, pour vous obeir, je fais le serment d’aller, pieds nus, jusqu’a Notre-Dame-des-Anges, de Pignans, en m’arretant a chaque saint pilon, et en la priant a genoux devant chacune de ses images, afin qu’elle me delivre de ce mauvais sort.

–Je suis heureux de te voir sage, dit le pere. Je vais chercher les moyens de te faire conduire jusqu’a Pignans. De la, tu monteras a Notre-Dame; puis, au jour dit, tu en redescendras de ce cote-ci, en marchant vers Collobrieres, qui est proche d’ici et ou je t’attendrai. Orsini alla trouver un vieux ici marchand de chataignes qui devait se rendre a Pignans en carriole, et qui, peu de jours apres, prit avec lui la Corsoise. Ils passerent par Hyeres et par Pierrefeu, et ils arriverent a Pignans a l’hotel _Bon Rencontre_, chez les devotes.

Les devotes etaient deux soeurs, vieilles filles, fort maussades, groumant sans cesse contre les voyageurs et contre tout au monde, meme contre les saints et contre le bon Dieu, qui laissent aller si mal les affaires d’ici-bas.

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