–et pour l’honneur de notre nom, ma soeur, ne l’oubliez pas, afin de rendre a un

En ce moment, une porte s’ouvrit et une jeune fille parut. –Ah! Mon oncle, mon bon oncle, s’ecria-t-elle en s’approchant de lui avec empressement et lui tendant les joues qu’il baisa a plusieurs reprises, enfin vous voila, soyez le bienvenu. –Qu’avez-vous? Carmen, mon enfant, lui dit-il avec affection, vos yeux sont rouges, vous etes pale, vous avez encore pleure. –Ce n’est rien, mon oncle, folie de femme nerveuse et inquiete, voila tout; vous ne nous ramenez donc pas don Estevan? –Non, repondit-il legerement, il ne reviendra pas avant quelques jours; mais du reste il se porte fort bien, ajouta-t-il, en echangeant un regard d’intelligence, avec dona Maria. –Vous l’avez-vu? –Pardieu! Il y a deux jours a peine, je suis meme un peu cause de ce retard, c’est moi qui ai insiste pour qu’il ne revienne pas encore, j’ai besoin de lui la-bas; mais est-ce que nous ne dejeunons pas? Je meurs litteralement de faim, moi, dit-il, pour detourner la conversation. –Mais si, a l’instant nous n’attendions que Carmen; puisque la voila, mettons-nous a table; et elle frappa sur un timbre. Le meme vieux serviteur qui avait mis au corral le cheval de don Jaime entra. –Tu peux servir, Jose, lui dit dona Carmen. On prit place autour de la table et le repas commenca.

Nous tracerons en quelques lignes le portrait des deux dames, que les exigences de notre recit nous ont oblige de mettre en scene. La premiere, dona Maria, soeur de don Jaime, etait une femme belle encore, bien que ses traits fletris et fatigues, portassent les traces de grandes douleurs: son port etait noble, ses manieres gracieuses, son sourire doux et triste. Bien quelle n’eut que quarante-deux ans tout au plus, ses cheveux avaient completement blanchi, ils encadraient son pale et beau visage et formaient un contraste etrange avec ses sourcils noirs et ses yeux vifs et brillants qui respiraient la force et la jeunesse. Dona Maria etait entierement vetue de longs habits de deuil qui lui donnaient une apparence religieuse et ascetique.

Dona Carmen, sa fille, avait vingt-deux ans au plus; elle etait belle comme sa mere, dont elle etait le vivant portrait, l’avait ete a son age. Tout en elle etait gracieux et mignon; sa voix avait des modulations d’une douceur extraordinaire, son front pur respirait la candeur et de ses grands yeux noirs couronnes par des sourcils traces comme avec un pinceau et bordes de longs cils de velours, s’echappait un regard doux et humide, rempli d’un charme etrange.

Son costume etait simple: il se composait d’une robe de mousseline blanche, serree a la taille par un large ruban bleu et d’une mantille de dentelle brodee. Telles etaient les deux dames. Malgre l’indifference qu’il affectait, don Jaime l’aventurier etait visiblement inquiet et soucieux; parfois il demeurait la fourchette en l’air oubliant de la porter a sa bouche et semblait ecouter des bruits perceptibles pour lui seul; d’autres fois, il tombait dans une reverie si profonde que sa soeur ou drive master sa niece etaient forcees de le rappeler a lui-meme en le touchant legerement.

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