–et pas une plume dans le sac! il frappait sur son carnier

–Pas une au chapeau! Il ota son chapeau, le considera tristement et le remit sur sa tete qu’il secoua d’un air humilie: –Attention! que mon chien guette! sa queue me le dit. Et, le bras etendu, il imitait, de son index vertical et vibrant, le mouvement de la queue et toutes les emotions de son chien. Tout a coup l’index de Pastoure se fit presque horizontal, comme l’etait en ce moment la queue de son fidele Pan-pan. Son chien, un nouveau, s’appelait _Pan-pan_, ou _Coup double_. Tous deux, chien et chasseur, etaient a l’arret. –Bourre! cria Pastoure qui negligea de monter sur un arbre. Le chien bondit. Le lapin deboula avec la violence d’un projectile qui sort du canon et, quittant la mussugue et enfilant un sentier, demeura un moment bien visible pour Pastoure. . . qui tira! Le lapin redoubla de vitesse. Manque!. . . Pastoure fut si etonne qu’il en oublia de le doubler. Il regardait avec stupeur le petit derriere blanc si pareil a une cible, sous la courte queue en point d’exclamation, drole et moqueuse. –Manquer un lapin ainsi! Le manquer ainsi! Pastoure sentit sa poitrine se gonfler de rage. Il n’est pas rare qu’en pareil cas un chasseur vraiment provencal brise son arme contre un rocher.

En tous cas il agite toujours a voix haute la question de la punir en la fracassant: –Je le romprai. . . quelque jour. . . ce manche a balai!. . . je ne sais ce qui me tient de le casser contre la roque! Telle ne fut pas cette fois l’idee de Pastoure. Son fusil n’etait pas le coupable, car il etait aussi sur de l’excellence de son arme que de sa propre adresse: –L’avoir manque si beau, si c’est Dieu possible! Non! Non! ce n’est pas possible! Cela tenait donc du sortilege! Ni le fusil, ni le chasseur n’y etaient pour rien. Une volonte superieure a toute volonte humaine avait detourne le coup.

–Eri dre! J’etais droit! cria Pastoure. « O couquin de Diou! brigand de Diou! Ce blaspheme a peine lance dans l’air retentissant fut pour lui une suggestion subite. D’instinct, il venait d’accuser Dieu. . . il reflechit et se dit tout a coup drive master qu’il avait bien raison! Dieu seul etait le coupable, Dieu seul! Pastoure alors montra au ciel c’est-a-dire a Dieu en personne, son poing ferme qui etait formidable. Et sur le vaste azur, nuageux par places, Pastoure vit ce poing, son propre poing, et a le voir il concut de sa force une conscience nouvelle.

Il etait de taille, ce poing, a lui faire rendre justice en toute occasion! Non, non! il ne craignait rien, lui, Pastoure, avec ce poing-la! rien, ni diable ni Dieu! L’invisible puissance qui reside dans le ciel et occupe ses loisirs a detourner les foudres humaines du rable des lapins apparut alors aux yeux de Pastoure. Il crut la voir ricaner la-haut entre deux blanches nuees. Et il repeta, toujours plus menacant: –O voleur de Diou! De m’avoir fait manquer ce coup-la, mendiant de Diou! brigand de Diou! Ces injures proferees par sa bouche, Pastoure les entendait avec ses oreilles: la vue de son poing toujours tendu vers le zenith l’excitait toujours davantage.

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