Et maurin et pastoure, donnant du talon dans le flanc des chevaux officiels, partirent a fond

Au bruit du double galop, la foule se retourna: –Vive Maurin! Vive Maurin! Vive Pastoure! Vive le roi des Maures! Grondard fut releve, la tete un peu fendue. On le conduisit dans le cafe du village, pour le panser a l’eau-de-vie.

Consternes, les gendarmes l’interrogeaient: –Qui t’a frappe? –Maurin, de la crosse de son fusil! Les deux gendarmes demontes se concertaient. Que devaient-ils faire? Requisitionner une voiture, un cheval, suivre Maurin et Pastoure? Peut-etre les voleurs de le site chevaux allaient-ils rencontrer sur la route les gendarmes de Cogolin, et alors, ils seraient pris. . .

les chevaux etant faciles a reconnaitre au harnachement. Oui, il fallait requisitionner une voiture.

Ils n’en trouverent pas. La mauvaise volonte des habitants fut effrontee: –Ma roue de droite est cassee. –Ma roue de gauche a pete (rompu). –Mon cheval a la colique. –Mon cheval aussi a la colique! Plus d’une heure s’ecoula au milieu de la plus grande confusion. Il y avait maintenant sur la route pres de deux cents hommes armes de fusils. Tout a coup ce cri retentit: –Les voici qui reviennent! –Ou donc? –La-bas, au tournant, derriere le Grand Suve. C’etait bien l’histoire des Campaux qui recommencait; mais, cette fois, les deux chevaux ne revenaient pas seuls. . . –Vive Maurin des Maures! vive Pastoure! Maurin et Pastoure apparurent; ils etaient fierement campes sur leurs chevaux. Ils allaient au pas, imitant de tous points l’allure de deux gendarmes, corrects de tenue, leurs vieux feutres en bataille, la main droite un peu haute, la gauche sur la cuisse, et donnant a leurs fusils des airs de carabines. Et ils poussaient devant eux les deux bandits a pied, les mains liees derriere le dos. . . Un eclat de rire enorme agita tout ce village repandu sur la route. –Vive le general Maurin! –Vive le colonel Pastoure! –Mefie-toi, Maurin! ils veulent te prendre. . . La foule de nouveau fit obstacle entre les arrivants et les gendarmes. Et calme sur un cheval inquiet, l’ironique Maurin, s’adressant aux gendarmes contraints de rester derriere la foule, leur adressa majestueusement la parole, par-dessus les deux cents tetes de son peuple. –Est-ce aujourd’hui, gendarmes, que vous comptez m’avoir? Est-ce au moment ou je viens de faire ton service, Alessandri, et ou je te remets deux prisonniers que jamais tu n’aurais su prendre tout seul, que tu m’arreteras? –Gredin! cria Alessandri hors de lui. Tu ne te moqueras pas de moi jusqu’au bout. Ce n’est pas deux, mais quatre prisonniers qu’il me faut! Livre-toi donc, toi et ton camarade Pastoure, ce Parle-seul qui doit avoir a nous parler, tu sais bien de quoi! N’aggrave pas ton affaire. Suis-moi de bonne volonte, ou tot ou tard ca finira mal.

–Si ca doit mal finir, que ce soit le plus tard possible.

Bonsoir la compagnie! Garde tes prisonniers, si tu le peux. Nous autres, nous gardons les chevaux. Telle fut la reponse de Maurin. Et tournant bride avec ensemble, Pastoure et Maurin prirent le galop et bientot disparurent la-bas sur la route, dans la poussiere soulevee.

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