Et il s’efforce a tendre ses idees ailleurs, a fuir l’epouvantable fantome de sa maitresse pamee

–Sacree garce! Ensuite il s’attarde a lui deviner des tares, a la trouver laide pour se batir un motif d’indifference. Des taches rousses lui maculaient la gorge, le visage; son front avait des rides; mais ses yeux, mais ses hanches, mais ses levres, ses levres dans la moustache du soudard! Peyrebrune conte encore. Sous l’immensite vide du hangar les moineaux batailleurs voletent, pepient.

Il resonne le site un cliquetis de clefs, le roulement d’un chariot a bagages et, continue toujours, l’activite agacante de la sonnerie electrique. _Troisieme Soiree_ _Au couchant, devers la « Roche du Dragon », un dernier sillage ocre et crete de coq. Puis la nuit sur les aulnes, les barques amarrees, l’eau virante et metallique. _ _La terrasse est en surplomb sur le fleuve qui la mine. _ _Incitatrice et muette rampe l’ombre. Sur la rive et sur l’eau rampe l’ombre incitatrice et muette. _ _Des fredons la-bas_: _Fliesse, fliesse, lieber Fluss! Nimmer werd’ ich froh!. .

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_ _Un bateau remonte vers Cologne. _ _Melancolique le limbe de son fanal en l’eau virante se brise. _ _Melancolique le son fele de sa cloche contre les echos des combes se brise. _ _La terrasse est en surplomb sur le fleuve qui la mine. _ _Des fredons la-bas_: _So verrauschte Scherz und Kuss, Und die Treue so!. . . _ _Incitatrice et muette rampe la nuit.

_ _Des fioles de vin du Rhin encombrent la table de noyer. _ _–Voici notre the, cette vespree, dit Miranda en remplissant les coupes dichromes a tige grele. _ CRESCENDO _MI_ Satisfait d’avoir vecu sans ennui les jours de sa permission, et tracasse pourtant de son retour a la caserne, Gustave Prescieux penetre dans la gare et s’achemine par les groupes de voyageurs qui causent. Sous les arcades de fer tres hautes, roulent les chariots a bagages et bourdonnent les recommandations dernieres; parfois claque le bruit humide d’un baiser.

Et la sensation d’un vide point le jeune soldat, la navrance d’etre seul parmi la foule, sans un camarade pour les adieux. Meme l’ami Leon a repris son travail le matin, malgre les fatigues de leur nuit noceuse. Alors la vision reparait des filles qu’ils piloterent ensemble a la Boule-Noire, Augusta et Clementine, deux belles brunes tres droles et pas rapaces. Afin de perpetrer cette fredaine, Gustave a quitte son pere vingt-quatre heures plus tot que ne le contraignait son ordre de route. Maintenant, de cette vigoureuse debauche, de cette manifestation virile qui l’enorgueillit, seuls les deplaisants souvenirs le hantent: le tenace rappel d’une tare scrofuleuse en sillon sur le cou d’Augusta.

A peine, d’ailleurs, la remarqua-t-il dans l’intimite du plaisir. Et il imagine encore son embetement chez le mastroquet du boulevard Clichy, tandis que Leon, un ardent politique, grimacait de sa face palotte et hurlait des injures contre les patrons, avec menaces de les coller a la muraille, une fois pour toutes, au jour tres prochain de la revanche.

Lui, Prescieux, une fois libere du service, regira sa petite ferme en compagnie de son pere, sans autre maitre.

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