Et il precede dans les couloirs le sergent qui l’a rejoint

Il ne s’oublie plus en de vains regrets; un energique vouloir de se montrer ferme et superieur a ces sales tracasseries persiste seul.

En lui-meme, muet, il se redresse et se rebiffe. A la chambree, le conditionnel Auriol, un garcon tres drole, simule une profonde admiration pour le costume neuf: –Oh, Prescieux, chic! le complet quarante-cinq. elegance et solidite! En un tour de main le plus vulgaire des tourlourous est transforme en mec irreprochable. Entree libre, on rend l’argent. Gustave hausse les epaules, feignant l’indifference pour cette raillerie qui le navre. S’il manifeste une colere, on redoublera de quolibets stupides.

Mais sa chair, plus apre encore que sa volonte, se revolte; sa poitrine s’oppresse et halete; tous ses nerfs lui semblent se pincer et se tordre de l’insulte. Son regard se brouille davantage. Il souffre d’un trop plein d’excitation qui lui agace le corps; sa nervosite lui commande la vengeance et lutte a toute force contre sa raison. Elle le vainc; elle le torture pour qu’il obeisse. De douleur, il plonge sur son lit et se prend a sangloter, la tete dans les bras, furieux de sa honte. Chacun de ses sanglots lui etrangle les entrailles; et ce qu’il souffre, il le doit a la mechancete d’Auriol, de tous. Pour compenser la perte du calme familial, il a voulu au moins etre un male seduisant: il atteint au ridicule. Auriol a devine le prix de son costume et detruit l’espoir d’en exagerer la value. Il ne sera donc jamais l’egal des autres en bonheur; et pourtant il y a droit, lui aussi.

Et la rage le prend plus violente; ses entrailles s’etranglent plus etroitement, ses machoires glissent l’une contre l’autre et grincent; ses doigts se recourbent et ses poings se crispent. Derriere lui, des rires, des esclaffements, des plaisanteries. On le prend sous les bras, on le souleve pour voir sa face en pleurs. Lui, se laisse tomber inerte. Et s’il voulait cependant les battre! Ces efforts, ces torsions de membres n’indiquent-ils pas une surexcitation extreme accumulee en lui et qui veut se detendre? N’est-il pas un homme aussi.

Il se dresse! Sur la blancheur nue des murailles, le groupe des hommes ricane.

Lui, les fixe un instant de ses yeux qui voient drive-master.com trouble et qui lui semblent se dilater a l’extreme.

Tout son etre est si douloureusement etreci par la souffrance qu’il ne peut respirer. C’est comme une force interne immense qui l’emplit et tend a le projeter. Il lui resiste a peine. Et il comprend que s’il cede ce sera la plus entiere des satisfactions. Tout a coup un spasme imprevu le lance sur Berdot qui l’a touche. Au contact algide d’un pommeau de bayonnette une juste ferocite domine Prescieux, le pousse. Il degaine cette lame et exulte en la sentant si legere a son poing. Aveugle, heureux, les yeux crispes et clignes, il l’enfonce droit devant. Et c’est pour lui un assouvissement extatique: percevoir des chairs qui s’abiment sous la pression de son arme victorieuse. Il se rue encore, jouissant, perdu, doublant, triplant, multipliant les coups.

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