–et des qu’il sera brigadier, on vous mariera, dit le pere

Vous voici fiances; tu entends, Antonia? –J’entends, fit-elle; nous sommes fiances. Alessandri se redressa, orgueilleusement, respirant d’aise. –Et tu ne lui dis rien de plus? reprit Orsini. –Que dirais-je? –Tu n’es pas heureuse et fiere? –Ni heureuse, ni fiere, murmura-t-elle avec decision. Orsini se leva. –Cela merite explication, gronda-t-il. –C’est bien simple, dit la Corsoise. Depuis longtemps, je pressentais qu’Alessandri et moi nous finirions par nous accorder, mais j’avais pense que la chose se ferait mieux que cela. –Comme je l’ai faite, elle est bien faite, dit le pere ce site avec autorite. –Je n’aime pas, dit-elle en pincant les levres, qu’on me fasse supporter, comme par force, meme les choses que j’ai desirees. J’accepte Alessandri, n’ayant pas de raison assez forte pour le refuser, mais je ne suis pas contente, et vous aviez tout a gagner, l’un et l’autre, a vous y prendre autrement.

–Pardonnez-moi, Tonia, murmura le beau gendarme. . . J’avais craint.

. . –Et quoi donc? Elle redressa la tete en joli cheval de bataille. Le gendarme n’osa s’expliquer. Orsini se mit a rire: –Ces amoureux sont tous les memes, des jaloux. Pardonne-lui, Tonia.

Il s’etait figure, vois-tu, que tu avais pu penser une seconde a ce bandit de Maurin! Elle frappa du pied: –De quel droit a-t-il pu penser ca? siffla-t-elle. Et, prise du besoin de lutter, d’affirmer son independance, de braver son futur maitre: –Et puis, dit-elle, un bandit vaut un gendarme! –Quelquefois, dit Orsini; mais ce n’est pas le cas. Maurin n’est qu’un coureur de filles et un coureur de gibier. Il n’a pas gagne le maquis francais apres une juste vendetta. Ce n’est rien, cet homme. –Ce n’est rien, cet homme! repeta Sandri. –Si ce n’est rien, comment avez-vous pu croire qu’il pourrait me prendre le coeur? dit-elle. Et s’il m’avait pris le coeur, de quel droit diriez-vous que ce n’est rien? –Allons, allons, fit Orsini, d’un air de bonhomie, tout va bien. Tu as raison. Ne parlons plus de cela. Il connaissait sa fille et ses apres fiertes de race.

La seule facon de la calmer etait de lui dire ce mot: « Tu as raison.  » Elle se calma en effet. –Prepare les verres.

On va trinquer a votre bon avenir.

Appelle ton camarade, ami Sandri. Ils scellerent les fiancailles, le verre en main. Mais Sandri n’etait pas satisfait. Peut-etre avait-il perdu, dans le coeur de Tonia, le terrain que semblait lui faire gagner son titre de fiance.

Il demeura jaloux et profondement tourmente. CHAPITRE XV Ou l’on verra le don Juan des bois courir deux gibiers a la fois, non pas deux lievres, mais un sanglier et une jolie fille. Bien davantage il fut tourmente et jaloux, lorsque, a quelques jours de la, il ne trouva au logis ni le brigadier ni sa fille.

Orsini, a la demande de Maurin, avait recu du prefet l’ordre d’assister a la battue projetee. Et Tonia, qui tirait bien la carabine, avait voulu suivre son pere. Orsini n’avait fait aucune difficulte pour l’emmener. Il desirait meme voir de ses yeux comment se tiendrait Tonia en presence de Maurin.

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