Et d’ami, ajouta-t-il avec hesitation, m’obligent a vous faire observer que cette situation, si heureuse qu’elle

–C’est vrai, mon cousin, murmura-t-elle d’une voix basse et tremblante. –Vous savez, reprit-il, combien peu, en ce malheureux pays, il est permis de compter sur l’avenir, une jeune fille de votre age, surtout de votre beaute, ma cousine, est fatalement exposee a mille dangers auxquels il lui est presqu’impossible de se soustraire; je suis, moi, votre parent, sinon le plus proche, du moins le plus reellement le site devoue, vous n’en doutez point n’est-ce pas? –Oh! Dieu m’en garde, mon cousin, croyez bien au contraire que mon coeur vous conserve une profonde reconnaissance pour les services sans nombre que vous m’avez rendus. –De la reconnaissance seulement, dit-il avec intention, le mot est bien vague, ma cousine. Elle leva sur lui son charmant et limpide regard. –Quel autre mot pourrai-je employer? dit-elle. –J’ai tort, pardonnez-moi, reprit-il; c’est que la situation dans laquelle nous sommes places, l’un vis-a-vis de l’autre, est si singuliere, ma cousine, que je ne sais veritablement comment m’exprimer, en vous parlant toujours; je crains de vous deplaire. –Non, mon cousin, vous n’avez rien a redouter de pareil, repondit-elle en souriant, vous etes mon ami, et a ce titre, vous avez le droit de tout me dire, comme moi je puis tout entendre. –Ce titre d’ami que vous me donnez, dit-il doucement, votre pere avait desire. . . –Oui, interrompit-elle avec une certaine vivacite, je sais a quoi vous faites allusion, mon cousin: mon pere avait fait pour moi des projets d’avenir, que la mort l’a empeche de realiser. –Ces projets, ma cousine, il depend de vous seule qu’ils se realisent. Elle sembla hesiter pendant une minute ou deux, puis elle reprit d’une voix tremblante en palissant legerement: –Les desirs de mon pere sont des ordres pour moi, mon cousin; le jour ou il vous plaira d’exiger ma main, je vous la donnerai. –Ma cousine, ma cousine, s’ecria-t-il avec feu, je ne l’entends pas ainsi, j’ai jure a votre pere, non seulement de veiller sur vous, mais encore, d’assurer voire bonheur par tous les moyens en mon pouvoir. Cette main que vous etes prete a me donner, pour obeir a votre pere, cette main, je ne l’accepterai que si en meme temps elle est accompagnee du don de votre coeur; quels que soient les sentiments que j’eprouve pour vous, jamais je ne vous contraindrai a contracter une union qui vous rendrait malheureuse. –Merci, mon cousin, murmura-t-elle en baissant les yeux, vous etes noble et bon. Le jeune homme lui prit doucement la main. –Dolores, lui dit-il, permettez-moi de vous donner ce nom, ma cousine, je suis votre ami, n’est-ce pas? –Oh! Oui, fit-elle faiblement.

–Mais, ajouta-t-il avec hesitation, votre ami seulement? –Helas! soupira-t-elle. –Il suffit, dit-il, il est inutile d’insister davantage, ma cousine vous etes libre. –Que voulez-vous dire? s’ecria-t-elle avec anxiete. –Je veux dire, Dolores que je vous rends votre parole, je renonce a l’honneur de vous epouser, tout en me reservant le droit, si vous y consentez, de continuer de veiller a votre bonheur.

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