Est-ce vrai que tu les as toutes? le sarrazin repondit negligemment: –oh! moi, j’ai des femmes

La chretienne bondit, se mit toute droite sur ses pieds: –Il les faut quitter. Penses-tu que j’aie ete sacrilege et que je t’aie donne mes levres, sous l’image de la Vierge,–pour accepter d’etre une de celles-la? –Il fallait parler avant, dit l’imperturbable Maurin; et je n’aurais pas consenti a ce que tu me demandes parce que ce serait vraiment difficile, mais au moins nous aurions joue franc jeu.

Maintenant c’est trop tard et je ne veux pas, moi, promettre une chose presque impossible. Un autre te dirait: « Oui », pour se debarrasser de ta demande, mais moi je ne te mentirai pas. Toutes me tiennent un peu et je tiens un peu a toutes. Je ne peux pas les toutes facher.

–Aimes-tu mieux n’en facher qu’une et que ce soit moi? Tu sais bien que je suis Corse? –Oh bien! moi, dit Maurin tranquillement, je suis _Teur_ (turc), pauvre de moi! Le Turc, pour un Provencal, c’est l’homme aux mille femmes. Le grand Turc a un grand serail et les petits Turcs ont de petits serails. Des Turcs, voila tout ce que sait le bon Provencal, le Sarrazin de Provence, le Maure; mais cela, il le sait bien.

–Regarde! dit-elle. Et lui montra son stylet, qu’elle tira enfin de sa poitrine et dont elle fit briller hors du fourreau la lame triangulaire. –Celui-la vient trop tard, beaucoup trop tard! repeta Maurin en riant.

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. Les filles ne le sortent jamais qu’apres. –Prends garde a toi, je te dis.

Et son front se plissa, son oeil jeta une flamme. Elle tenait son stylet de la main gauche. Il lui saisit le poignet gauche et detourna la main droite de Tonia qui cherchait a reprendre son arme tres aigue. –Voyons, ma belle, reflechis. Je t’ai bien explique qu’un autre, quitte a faire plus tard a sa guise, promettrait vitement tout ce qu’il te plait de demander. Un autre serait lache. Moi, ca m’ennuie de mentir.

Je t’aimerai par-dessus toutes, si tu veux, car par-dessus toutes tu me plais! mais je ne veux pas les chagriner, pecaire! Elle voir la page se degagea d’un mouvement violent et lui porta maladroitement un coup de son fin stylet, au hasard, comme elle put et de haut en bas. Si prompt qu’il eut ete a se reculer, il eut la main egratignee du poignet a l’ongle. Il regarda tranquillement sa blessure. –On dirait, fit-il, une piqure d’_argeria_ (genet epineux) ou d’_agulancier_ (eglantier). Tu es une fleur qui pique, mais qui sent bougrement bon! Elle le regardait, surprise de lui, et malgre tout charmee; deja elle regrettait son geste de colere. –Console-toi, dit-il, ca n’est rien. En frappant comme ca, tu ne pouvais pas me faire grand mal. Les agulanciers piquent et les vrais Corses aussi,–mais mieux que ca. On voit que tu as depuis longtemps quitte ton ile.

Attends que je t’apprenne le jeu, quoi qu’a dire vrai il ne me plaise guere! Il lui saisit les deux poignets, un dans chaque main; il fit alors, du poignet droit jusqu’a la main de Tonia qui tenait le stylet, glisser sa main fermee en anneau coulant, et prit l’arme terrible sans peine: « Comme on cueille une figue.

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