En ce moment deux cavaliers sortirent de puebla et s’engagerent au grand trot sur la route

Tous deux etaient enveloppes avec soin dans leurs zarapes et paraissaient bien armes. A une demi-lieue de la ville environ, ils tournerent brusquement par la droite et s’engagerent dans un etroit sentier trace dans un champ d’agave. Ce sentier, fort mal entretenu, de meme que toutes les voies de communication au Mexique, formait des detours sans nombre et etait coupe par tant de ravins et de fondrieres, que ce n’etait qu’avec les plus grandes difficultes qu’il etait possible de s’y diriger sans risquer de se rompre vingt fois le cou en dix minutes.

ca et la, passaient des arroyos, qu’il fallait traverser dans l’eau jusqu’au ventre du cheval; puis, c’etait des monticules a monter et a descendre; enfin, apres vingt-cinq minutes au moins de cette course difficile, les deux voyageurs atteignirent le pied d’une espece de pyramide grossierement travaillee a main d’homme, entierement boisee et haute d’une quarantaine de pieds environ au-dessus du sol de la plaine. Cette colline artificielle portait a son sommet un rancho de vaquero, auquel on parvenait au moyen de degres tailles de distance en distance sur les flancs du monticule. Arrive la, l’inconnu s’arreta et mit pied a terre, son compagnon l’imita aussitot.

Alors les deux hommes abandonnerent les chevaux a eux-memes, enfoncerent le canon de leurs fusils dans une anfractuosite de la base de la montagne et donnerent une pesee, en faisant levier avec la crosse de l’arme. Bien que la pesee ne fut pas faite avec une grande force, cependant une enorme pierre, qui paraissait completement adherer au sol, se detacha lentement, tourna sur des gonds invisibles et demasqua l’entree d’un souterrain qui s’enfoncait en pente douce sous le sol. Ce souterrain recevait sans doute de l’air et du jour par une grande quantite d’imperceptibles fissures, car il etait sec et parfaitement clair. –Vas Lopez, dit l’inconnu. –Allez-vous la-haut? repondit l’autre.

–Oui, tu m’y rejoindras dans une heure, a moins que tu ne m’aies vu avant. –Bon, c’est entendu.

Il siffla alors les chevaux, ceux-ci accoururent, et, sur un signe de Lopez, entrerent dans le souterrain sans faire la moindre difficulte.

–A bientot, dit Lopez. L’inconnu lui fit un geste affirmatif, le domestique entra a son tour, fit retomber la pierre derriere lui, et elle se rajusta si completement sur le roc, qu’il n’exista plus la moindre solution de continuite et qu’il aurait ete impossible de retrouver l’entree qu’elle cachait, meme en sachant son existence, si l’on n’en eut pas d’abord connu la position exacte.

L’inconnu etait demeure immobile, les yeux fixes sur la plaine environnante, cherchant sans doute a s’assurer s’il etait bien seul et s’il n’avait rien a redouter des regards indiscrets. Lorsque la pierre eut retombe en place, il jeta son fusil sur l’epaule et se mit a gravir a pas lents les degres, plonge, en apparence, dans une sombre meditation. Du sommet du monticule, la vue embrassait un vaste horizon: d’un site de l’entreprise cote, Zapoteques, Cholula, des haciendas et des villages; de l’autre, Puebla, avec ses nombreuses coupoles peintes et arrondies, qui la faisaient ressembler a une ville orientale; puis, les regards s’egaraient sur les champs d’aloes, de ble indien et d’agaves, au milieu desquels serpentait, en tracant une ligne jaune, la grande route de Mexico.

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