En apprenant la mort de son mari, la princesse fut saisie a l’improviste des douleurs de

La seconde clause du testament se trouva ainsi annulee, le duc prit le titre de prince et s’empara de la fortune de son frere. La princesse, malgre les offres les plus seduisantes que lui fit son beau-frere, ne voulut pas consentir a continuer a habiter, en etrangere, un palais ou elle avait ete dame et maitresse, et elle se retira dans sa famille. L’aventurier fit une pose. –Comment trouvez-vous cette histoire? demanda-t-il a ses auditeurs avec un sourire ironique. –J’attends repondit le comte, pour donner mon avis sur ce recit, que vous nous en donniez la contrepartie. L’aventurier lui jeta un regard clair et percant. –Ainsi, dit-il, vous croyez que ce n’est pas tout. –Toute histoire, repartit le comte, se compose de deux parties distinctes. –C’est-a-dire? –La partie fausse et la partie vraie. –Expliquez-vous? –Volontiers; la partie fausse est celle qui est publique, que tout le monde connait et peut commenter et colporter a sa guise. –Bien, fit-il avec un leger mouvement de tete, et la partie vraie? –Celle-ci est la secrete, la mysterieuse, connue seulement de deux ou trois personnes au plus, la peau de l’agneau enlevee de dessus les epaules du loup. –Ou le masque de vertu arrache de la face du scelerat; s’ecria-t-il avec un eclat terrible, n’est-ce pas cela? –Oui, c’est cela, en effet. –Et vous attendez cette contrepartie de l’histoire? –Je l’attends, repondit severement le comte. L’aventurier demeura deux ou trois minutes le front dans la main, puis il releva fierement la tete, vida d’un trait le verre place devant lui, et d’une voix nerveuse et saccadee: –Eh bien, alors ecoutez, dit-il, car, vrai Dieu, je vous jure que ce que vous allez entendre en vaut la peine, cette fois. XXIV LA ReVeLATION Il y eut un silence assez long, pendant lequel les trois convives demeurerent plonges dans de profondes meditations. Enfin don Adolfo rompit le charme qui semblait les enchainer, en reprenant tout a coup la parole. –La princesse avait un frere, alors jeune homme de vingt-deux ans tout au plus, charmant cavalier, adroit a tous les ce site exercices du corps, brave comme son epee, fort aime des dames auxquelles du reste il le rendait bien, cachant, sous des dehors frivoles, un caractere serieux, une grande intelligence et une indomptable energie. Ce frere que nous nommerons Octave, si vous voulez, avait pour sa soeur un sincere attachement; il l’aimait de tout ce qu’elle avait souffert, et le premier il l’avait engagee a quitter le palais de son mari defunt, a rentrer dans sa famille en reclamant son douaire et rejetant les offres de service du prince, son beau-frere. Octave, sans que rien ne vint aux yeux du monde justifier la conduite qu’il adoptait vis-a vis du prince, eprouvait pour celui-ci une vive repulsion. Pourtant il n’avait pas rompu toutes relations avec lui; il le visitait quelquefois, mais rarement, a la verite. Ces entrevues, toujours froides et genees de la part du jeune homme, etaient, au contraire, cordiales et empressees de celle du prince, qui essayait, par ses manieres gracieuses, ses offres de service sans cesse renouvelees, de ramener a lui cet homme, dont il avait devine la repulsion.

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