–elles sont bien petites! fit le maire qui arrivait tout essouffle, car il etait, lui, de

–Bien petites, dit le garde, et placees justement ou il ne faut pas.

–Les anges peints dans les eglises, fit une devote, les portent comme ca! –Cette betise! riposta une commere. Les anges peints dans les eglises n’ont qu’une tete et portent les ailes a leur cou! –L’insolent, dit le maire, s’est encore fichu de nous! Au pas de course, mes enfants! Aganta-lou! (attrapez-le!) Zou! En avant! Et les Gonfaronnais volerent. Mais voyant que Maurin allait plus vite qu’eux, le maire poussif s’arreta, commandant: « Halte! » d’une voix terrible. –Nous ne l’aurons pas en courant, dit-il, mais je sais qui il est, son nom, et tout. Il n’evitera pas le proces-verbal.

En attendant, faisons-lui, de loin, la chamade: il verra bien que nous n’avons pas peur! Et hurlant, criant, injuriant, gesticulant, montrant le poing tous ensemble, les gens de Gonfaron firent de loin a Maurin une conduite de charivari, une chamade de carnaval; et a qui mieux mieux ceux qui avaient des fusils, a plus d’une demi-lieue de distance, tiraient sur lui avec du plomb pour les fifis, les futi-fus et les becs-figues, tant et tant que les bravades de Saint-Tropez sont moins bruyantes et moins effroyables! Alors, tel Boabdil, le roi Maurin, qui pour mieux dominer l’armee ennemie commencait a gravir les premieres pentes des Maures, se retourna, s’arreta debout sur une roche avancee; et contemplant a ses pieds ce desordre vain mais injurieux, cette fumee inutile d’ou sortaient des eclairs et des tonnerres meles aux cris d’une humanite souffrante, mais dont il avait honte, il murmura tristement, en secouant la tete: –Et dire que voila mon peuple! CHAPITRE XL De la memorable conversation qu’eurent ensemble Maurin des Maures et son ami Caboufigue, ex-roi des negres, berger de crocodiles, conservateur radical et candidat a la deputation.

Le premier magistrat de Gonfaron fit envoyer a qui de droit son proces-verbal qui suivit le cours ordinaire.

« Insulte a un agent de la force publique et a un magistrat dans l’exercice de ses fonctions! » En France, rien n’est plus grave; dans ce pays de liberte, l’insulte a un honnete citoyen ne se paie pas ou coute vingt sous a peine, tandis que le juste reproche a un policier indigne s’expie dans les fers des sombres cachots, ce qui a fait dire a un illustre republicain de Venise voyageant en France: « Vive le roi d’Italie! » Le proces-verbal gonfaronnais reveilla contre Maurin plusieurs griefs endormis. Les journaux du departement, chacun ici selon sa couleur politique, avaient raconte l’histoire de saint Martin avec des commentaires aggravants. Les uns dans l’intention d’exagerer la faute de Maurin, les autres pour exalter sa gloire denaturerent si bien les faits que l’aventure fut connue en haut lieu; et, a cette occasion, les coupures des journaux constituerent au ministere de l’Interieur, malgre les explications favorables du prefet du Var, un dossier ambigu concernant Maurin, dit le roi des Maures ou le don Juan des Maures, « personnage a surveiller ». –Qu’on nous amene, une fois pour toutes, ce diable d’homme qui fait trop parler de lui! declara le parquet.

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