Elles avaient, sur le marbre de leur commode, la statue d’un saint antoine qu’elles mettaient en

Alors, elles le retournaient face au mur, en l’accablant de reproches. Mais, malgre leur mechante humeur legendaire, leur auberge etait fort bien achalandee, parce que tout y etait d’une proprete meticuleuse, et la cuisine digne d’un eveque gourmand. On avait annonce aux devotes la visite de Tonia. Un jeune ami d’Orsini, passant par la deux jours auparavant, les avait priees d’etre aimables pour la Corsoise et de veiller sur elle. Elles la recurent comme si elles l’eussent toujours connue. –Comme ca, vous allez a Notre-Dame-des-Anges? C’est un voeu? oui! Pieds nus? Oh! ne faites pas ca! Ni les saints ni le bon Dieu n’exigent qu’on se rende malade. « Dans cette saison, un mauvais rhume est vite pris.

« Songez qu’il y a en ce moment un gros passage de becasses et que cela est marque de grand froid. . . Pourquoi avez-vous fait un voeu? « Nous vous demandons ca, mais ca n’est pas pour le savoir, pechere! ca ne nous regarde pas. C’est pour « de dire », pour parler, pour le demander enfin. « Quelque amourette, pardi, nous connaissons ca. Mais ca passe. Les hommes n’en valent pas la peine.

C’est egal, ce n’est pas du bon sens, meme pour prier Dieu, de s’en aller seule dans les bois comme ca! –Je n’ai pas peur, dit Tonia.

Elle tatait sous les plis de son corsage son stylet corse. –Tu n’as pas peur, mais il drive-master.com ne faut qu’une fois, ma belle, pour que « le malheur » arrive aux filles! Enfin, ca te regarde. . . Si tu avais prevenu d’avance, on aurait pu trouver quelque femme pour t’accompagner. Mais, de ce moment, elles travaillent toutes aux chataignes.

Ce soir, on te donnera la chambre pres de la notre. En attendant, pour ton diner, tu auras de la soupe grasse, avec des vermicelles, puis le boeuf bouilli, puis le boeuf en daube, puis des cotelettes, puis des becs-fins rotis, puis du lievre; nous n’avons pas davantage, pechere! Apres ca, tu auras un chou farci, puis le fromage et le dessert: des figues, des chataignes et des confitures. Et si, avec ca, tu n’as pas ton compte, c’est que tu es difficile. Et tout a se lecher les doigts! –Il faut deux heures, n’est-ce pas, dit Tonia, pour monter a la Bonne Mere? –Deux heures, repondit l’une des deux devotes, sur, deux heures au moins, dechaussee surtout. Et si tu fais des prieres longues devant les piliers, tu en peux mettre quatre, d’heures, et autant que tu voudras. Songe! il y a deux douzaines de saints pilons! –Ah! vai! rectifia la seconde devote avec aigreur: deux douzaines! Une, a peine, vu qu’ils sont demolis presque tous! –Enfin, n’importe, il y a des pins marques d’une croix, devant lesquels la priere est aussi bonne. .

. Le lendemain matin, Tonia se mit en marche vers Notre-Dame-des-Anges.

Avant la premiere pointe du jour, elle traversa la plaine. Arrivee au pied de la colline, a l’endroit precis ou le chemin se fait pierrailleux et commence a monter sous les pins et les chenes a travers les bruyeres, elle s’assit sur une grosse « roque », ota ses souliers qu’elle lia l’un a l’autre au moyen des lacets, les mit a cheval sur son bras, ota ses bas qu’elle placa dans ses souliers, retroussa un peu ses jupes courtes a cause des ruisseaux qui, apres les pluies d’automne, traversent les chemins et debordent les ornieres, et telle, le bord de sa robe pris dans sa ceinture, les chevilles nues sous le cotillon court raye de blanc et de bleu, elle commenca le pelerinage en murmurant: –Faites-moi oublier, Bonne Mere, sainte Vierge, ce braconnier ensorceleur afin que je devienne de bon coeur l’honnete epouse d’Alessandri! La pauvre naive Tonia ne se disait pas que l’aveu le plus grave de son amour, c’etait d’attribuer a la seule sainte Vierge le pouvoir de le lui retirer du coeur.

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