–elle vaut davantage, dit l’ermite, mais pour vous il n’en sera que ce prix

A Lourdes, vous paieriez la meme beaucoup plus cher. Or donc la procession se mit a monter la colline, et tout le monde en route chuchotait, maugreant contre la reponse sacrilege de cet ane de bossu. –Dieu, disait-on, pourrait bien nous punir tous de l’insolence de cet ane rouge! « Et, tenez, voila que se leve un mistral, a arracher la queue d’un ane. Bouffe, mistral! quelle sizampe!. . .  » Quand la procession arriva sur ce plateau ou, au bord du chemin, il y a un grand precipice tout en rochers, le mistral qui soufflait en tempete, par la permission de Dieu juste, enleva le chapeau de cet ane de clion! Le clion voulut retenir son chapeau, sauta, la main tendue pour le rattraper en l’air, perdit pied, et, souleve par la bourrasque comme une plume, il descendit dans l’abime a la suite de son chapeau. . . Dieu ait son ame! Et les gens tout de suite s’ecrierent: « –Te! l’ane a vole! Le bon Dieu l’a puni! L’avez-vous vu voler, cet ane? » –Je regrette mes quatre sous, fit Maurin. Mais alors, dis-moi un peu: a Gonfaron, ce n’est pas les anes qui volent, comme je l’ai cru bonnement jusqu’ici? ce sont les Gonfaronnais? –Esperez un peu, dit l’ermite gravement.

Par la suite des temps, on oublia cette aventure; et tout ce qui en resta, meme a Gonfaron, ce fut cette phrase: _A Gonfaron les anes volent_. Les Gonfaronnais, des cent ans apres, se dirent entre eux: « Du temps de nos peres les anes volaient: si nous en faisions voler au moins un? » Ils amenerent sur la place publique un vieil ane qui n’etait plus bon a rien, pensant que si celui-la voir la page montait au ciel et ne reparaissait plus on ne perdrait pas grand’chose; et ils se mirent en posture de le gonfler de leur respiration, en la lui soufflant,–sauf votre respect–par le trou que tous les anes ont sous la queue. –Les lions eux-memes, interrompit Maurin, en ont un a la meme place. –Les gens, de Gonfaron, poursuivit l’ermite, planterent donc un fort tuyau de roseau dans le trou de l’ane, et tour a tour tous les gens du village y passerent; chacun soufflait selon sa force en tenant d’une main le tuyau qu’il fallait boucher bien vite avec la paume de l’autre main posee a plat sur le trou, de peur que la bete ne se degonflat, entre chaque souffleur, du vent qu’elle avait pris du precedent. Le bon coup fut au dernier. C’est le maire qui devait passer le dernier, comme le bon Dieu a la procession. –A votre tour, monsieur le maire! –Par ce roseau ou tout le monde a mis les levres, dit le maire, non, decidement, je ne soufflerai pas! De trop vilaines bouches ont passe par la! « Mais tous se mirent a crier contre lui, indignes, et disant qu’il allait faire manquer le resultat d’un si long travail. Et le maire de Gonfaron dut en venir a mettre sa part de respiration dans le derriere de l’ane. Mais comme il etait tres delicat, il lui vint une bonne idee: il retira le roseau, le retourna vivement et l’ayant replante par l’autre bout dans le pertuis que vous savez, il put souffler plus proprement par l’orifice ou personne, excepte l’ane, n’avait mis de bouche avant lui.

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