Elle s’etonnait de lui toujours davantage, et de plus en plus l’admirait

Il le voyait bien et il souriait. –Tiens! fit-il, jamais de haut en bas! Il ne faut frapper que comme ceci: Et abaissant l’arme serree a plein poing, il porta un coup dans le vide, d’avant en arriere. –A ton tour, essaie. Gravement il lui rendit le stylet. Elle eut envie de se jeter a son cou, mais elle se contint et reprit le poignard pour le lancer rageusement a terre, se sentant impuissante et vaincue; puis, cachant sa tete entre ses mains, elle se mit a pleurer. Il s’approcha d’elle alors, la saisit a pleins bras; elle se debattait; il attira sa tete contre lui et murmura: –_Ah! vai_, aime-moi comme je suis! Il enlacait sa taille. Elle flechit, se laissant aller de tout son poids entre ses bras.

Il s’abandonna a ce mouvement de chute et tomba pres d’elle sur le souple lit d’herbes sechees.

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. Elle se taisait, donnee et furieuse de l’etre, consentante et revoltee. Autour d’eux, au niveau de leurs visages, au seuil de la grotte, parmi quelques touffes de bruyere, des champignons oranges dressaient leur parasol qui semble ouvert pour abriter les bestioles de l’herbe.

Et un peu plus tard, elle lui disait: –Tu ne m’as pas trompee, c’est vrai. Sans ca, vois-tu, je t’aurais tue. C’est egal, cache-toi de moi si un jour tu me trompes! Et si jamais je deviens ta femme, c’est que tu m’auras promis fidelite. –Quand je t’aurai promis fidelite, alors, voui, tu seras ma femme! dit Maurin avec solennite. La reponse etait insolente, mais Tonia ne la releva point.

Pourquoi? c’est qu’elle ne s’appartenait plus. Voila bien cinq heures qu’ils etaient ensemble! Le dejeuner du matin etait oublie. –J’ai faim, dit Maurin.

C’est une chose beaucoup connue qu’il faut manger pour vivre. Allons faire chez l’ermite notre repas de midi; nous aurons la une table et une chaise, et du cafe bien chaud. Le temps n’etait plus aux paroles.

Il leur fallait gagner en toute hate la chapelle ou ils arriverent vers midi. Et dans la chapelle, Tonia disait maintenant: « Sainte Vierge couronnee, ce n’est plus moi, mais lui qu’il faut convertir! » Du haut de Notre-Dame-des-Anges, le sommet le plus eleve des Maures, le spectacle est magnifique. A l’horizon, vers le sud, par dela le moutonnement des collines aux vagues de verdure, la mer bleue flamboyait, bercant a pleine houle les Iles d’or. Pendant que Maurin enlevait soigneusement une epine de la patte de son chien, l’ermite, qui habite une cabane pres de la chapelle, montrait les iles a Tonia: –Et d’ici, disait-il, quand il fait beau temps, on voit meme la Corse!. . . Tenez, voir la page tenez, la brume a fondu; voyez cette ligne la-bas, si mince, c’est elle, c’est la Corse! –Un fameux pays! dit Tonia, ou l’on sait ce que c’est qu’un serment, et ce que c’est qu’une vendetta. –Vous la connaissez, la Corse? –Je suis Corsoise, repondit-elle en regardant d’un air menacant Maurin qui s’avancait. Et Maurin saluant l’ermite: –Bonjour, saint homme! fit-il. Vous voyez deux amoureux qui se contenteraient de votre benediction, si avec ca vous leur donniez la table et le couvert.

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