Elle se dresse des coussins ecarlates fiores d’aigues-marines

Ses bras nus, graciles, l’etayent; ses bras nus, graciles, et blancs comme les vieilles soies blanches, et ses longues mains rubefiees par l’ecarlate des etoffes.

Sur sa gorge plate s’effondre en plis mous une chlamyde couleur d’aventurine ou se revelent de tres distantes et minuscules paillettes d’or vert. Sur sa gorge plate, et blanche comme les vieilles soies blanches, la chlamyde couleur d’aventurine s’ouvre en longue fente sans bordure. _ _Elle se tient a genoux dans une posture attentive, le regard au golfe. Et sous ses sourcils broussailleux de chanvre pale, et sous la paupiere exsangue qui presque recouvre l’orbite, seul l’iris obscur. _ _A genoux. Et ses bras l’etayent, et sa jambe fluette s’enfonce par les coussins, sa jambe gainee d’un bas teinte de fleuve, ou des chimeres d’argent butinent parmi des fleurs magiques, et se lovent. _ _Et jusqu’aux flots du golfe le vieux palais genois etend ses balustres a travers les bosquets de myrtes. _ _Petale a petale s’effeuillent les roses pourpres. _ _Des tentures blanches a paysages peints suspendues de pilier a pilier sur des tringles de cuivre comblent le vide des arcades, sauf une.

_ _Par elle Miranda regarde le vol elliptique de la mouette, et la mer. _ _L’harmonieuse pluie chante. Elle brode sa cristalline melodie de clochettes sur le gemissement uniforme du reflux. _ _Genes se noye dans la liquescence de l’air et des sons, ce site Genes et ses maisons assises comme un peuple, et les fresques olympiques du palais, et les myrtes. _ _L’atmosphere se glauque avec des teintes d’aquarium. _ _Petale a petale s’effeuillent les roses pourpres. _ LE CAS DE MONSIEUR DE LORN I Ah! mais! C’est qu’il n’etait pas du tout rassure, le beau Fernand de Lorn, en entrant pour la premiere fois dans la chambre nuptiale. Pensez donc! Effeuiller une couronne d’oranger! ce n’est pas si commode, surtout pour un viveur de trente-six ans, a qui la patte d’oie arrive, escortee d’une longue sequelle de vilaines choses. Il faisait encore vaillamment ses preuves chez la grosse Tata, ou chez la maigre Toto; mais la, c’etait autre chose: vins genereux, ecrevisses diantrement poivrees et propos plus poivres encore. Et puis on avait l’habitude, cette sacree habitude si precieuse. Et l’on pouvait se mettre a son aise avec Tata, et avec Toto, donc; cette petite friponne de Toto, savante a vous emoustiller le plus vanne des academiciens. Mais allez donc vous faire comprendre par une jeune fille de dix-neuf ans, elevee sous les jupes roides de sa maman, et la premiere nuit de vos noces encore! C’est a toutes ces betises qu’il pensait avec inquietude, Fernand de Lorn, correct et pale dans son habit noir sous la douce lueur de la veilleuse, tandis que la mariee faisait semblant de s’occuper de sa traine pour cacher son embarras. Il regarda sa femme a la derobee. Pour gentille, elle l’etait, Madame Blanche de Lorn. Gentille et tres gentille, avec son corsage frele et pas maigre, avec ses grands yeux de pervenche mouillee. Fernand resolut d’etre brave.

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