Elle eut son hotel tout comme une actrice a _onze cents_ francs d’appointements, des valets en

Alors commenca pour la belle Faenza une periode de splendeur qui dura plus de dix ans. Ce fut l’histoire banale de toute jolie fille tombee sur le pave parisien avec tres peu de scrupules et beaucoup de poitrine. Elle eut des toilettes ruineuses, des chapeaux extravagants, des etoffes orientales a faire loucher un shah, dans son salon, et dans son boudoir, des glaces de Venise bordees de pierreries pour y admirer la chute majestueuse de ses reins. Elle eut meme de l’esprit, de cet esprit soi-disant parisien qu’on trouve en sucant des ecrevisses dans l’atmosphere fade des cabinets particuliers. Les jeunes pschutteux, avides de gagner leurs eperons, et les vieux viveurs, jaloux de leur renommee conquise, se disputaient la gloire de payer ses notes de couturier, ses villas a Nice et ses cottages en Normandie. Bref, au milieu de toutes ces griseries de la victoire, elle doubla, sans s’en douter, l’epoque lamentable des rides opiniatres, des dents branlantes, et des cheveux qui s’en vont tristes comme les feuilles d’automne.

A vrai dire, elle avait pleinement le droit de ne pas s’en douter, car, malgre ses trente-quatre ans, sa peau etait parfaitement lisse et marmoreenne, ses dents d’une blancheur insolente, et, de sa charmante tete de vierge du Giorgione, tombaient des cascades de cheveux capables de defier les peignes les plus meurtriers.

On se souvient que la Faenza avait un fils de son mariage. Cet enfant fut eleve par une vieille tante. Sa mere le vit une seule fois a l’age de huit ans, puis elle ne s’occupa de lui que pour envoyer quelque argent et des lettres pleines de cette fausse sentimentalite commune aux filles. La vieille tante, voulant cacher au fils la conduite de sa mere, l’avait fait engager dans un regiment d’Afrique, ou il etait a dix-neuf ans sous-officier. S’etant distingue lors de la derniere insurrection, il obtint la medaille militaire, mais par malheur ses blessures l’obligerent de quitter l’armee. A cette nouvelle, la Faenza se sentit prise d’une subite et incommensurable tendresse maternelle, et elle resolut de renoncer aux douceurs de l’amour salarie pour consacrer drive master le reste de son existence au bonheur de cet enfant abandonne. Apres avoir vendu son hotel, ses bijoux et ses attelages, elle se retira, en Touraine, dans une propriete offerte jadis par un depute de la droite. Voila comment la belle Faenza redevint Madame Verdal, veuve d’un honnete avoue, mere de famille exemplaire, dame pieuse et charitable.

II Philippe etait un beau jeune homme de dix-neuf a vingt ans, a la moustache fine, avec une taille de demoiselle, et des yeux de colombe. Ne se doutant guere du passe de sa mere, qui inventa mille ingenieux mensonges pour lui expliquer leur trop longue separation, il se mit a l’adorer avec toute l’ardeur d’un coeur reste ferme jusque-la aux expansions familiales. La Faenza, de son cote, etait litteralement folle de son fils, de son beau Philippe. La propriete ou l’ancienne courtisane resolut d’expier ses peches mignons etait une charmante villa aux contrevents verts autour desquels couraient comme des reptiles les volubilis et les capucines au calice sanglant.

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