Elle croyait sentir deja s’abattre sur sa mignonne epaule la main enorme et pesante

–Maman! repeta-t-elle. Son cri percant roula d’echo en echo dans les ravins.

A ce moment, sur le flanc de la colline, une fumee ronde, legere, blanche et bleuatre, se detacha de la verdure des pins et un coup de fusil retentit. Ce fut comme une reponse au cri de detresse de l’enfant. L’Ogre, le monstre, frappe a la tete, emplissait la largeur du chemin de son grand cadavre noir. L’enfant courait toujours, sans se retourner.

Elle disparut au coude du chemin. Le cadavre fut rencontre le soir, par un garde-forets en tournee. On ne sut ni pourquoi ni comment Grondard avait ete frappe. Les parents de la petite, redoutant le scandale et tous les ennuis qu’attirent les juges sur les maisons, lui defendirent avec menace de raconter ce qui lui etait arrive. On chercha vainement les raisons du meurtre et quel etait le meurtrier. Seulement, le fils du mort, Celestin Grondard, ramassa dans les bois, tout pres de l’endroit ou avait ete releve la Besti, un bouton de cuivre massif, comme on n’en fait plus aujourd’hui.

Sur ce bouton on voyait un faucon chaperonne avec cette devise: _Mon espoir est en pennes_.

Fort de cet indice, le fils Grondard accusa bientot Maurin du meurtre de son pere.

Maurin ignora quelque temps cette accusation, mais il s’y etait deliberement expose: il avait vu, lui aussi, du fond des pinedes, le danger que courait l’enfant.

. . et il s’appretait a intervenir lorsqu’avait retenti le coup de feu vengeur. Le justicier s’enfuyait, tenant a la main son fusil fumant. C’etait un brave homme,–pere de famille,–un nomme Verdoulet, qui dit a Maurin: –Tu ne me trahiras pas, Maurin? –Tu peux y compter, dit Maurin.

–Tout de meme, fit l’autre, j’ai du regret. ca m’a echappe.

Mon fusil est parti tout seul! –Du regret, dit Maurin, quoi qu’on doive toujours hesiter a tuer un homme, tu peux n’en pas avoir, foi de Maurin! Et des monstres de cette espece, tue-nous-en, des que l’occasion se presente, le plus que tu pourras! « Maintenant, file! que je protege ta fuite! Je ne te vendrai pas.  » Verdoulet ne se l’etait pas fait dire deux fois et il etait rentre chez lui au plus vite.

. . Un autre homme que Celestin soupconnait ou voulait soupconner Maurin du meurtre de Grondard, c’etait le gendarme Alessandri, dit Sandri. L’avise gendarme, avant de rien drive master dire, cherchait un commencement de preuves. CHAPITRE XX Le gendarme Sandri etablit l’orthographe du mot _pennes_. Quelques semaines se passerent. L’indulgence des pouvoirs publics pour Maurin, le pardon qui lui avait ete accorde pour l’enlevement des chevaux, sa morgue envers les gendarmes apres l’arrestation de l’un des trois evades, l’honneur qu’il avait eu d’etre felicite publiquement par le prefet, devant la tombe de Crouzillat, en un mot tous les succes de Maurin n’etaient pas pour calmer l’irritation, la rancune et les jalousies de Sandri, le gendarme aux pommettes roses. Mais il fallait bien laisser le braconnier tranquille jusqu’a nouvel ordre. Il est bon de se rappeler qu’en Provence, on nomme _braconnier_ tout chasseur passionne qui fait metier de la chasse, meme s’il n’enfreint aucune des lois qui la regissent.

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