Elle attendait cet evenement prevu, a la maniere des betes des bois, et des genisses ou

La vie qu’elle menait, loin des lieux habites, depuis l’enfance, la laissait libre de craintes. La moquerie ne la visitait pas et elle n’allait pas la chercher. Elle ne craignait que son pere, mais la demi-cecite du vieux, dont l’oreille aussi devenait mauvaise, la rassurait chaque jour davantage. Ce fut une histoire sans incident.

Elle accoucha par un beau jour de juin. Le cantonnier, a moitie sourd, a demi aveugle, cassait des cailloux, la-bas, sur la route. Il ne sut rien, jamais rien, de ce qui se passait, ce jour-la, chez lui. .

. Clairette, qui avait peur du vieux soldat, ne demandait qu’une chose: Maurin, le jour meme, emmenerait chez lui l’enfant, le confierait a sa vieille mere. Cependant l’idee d’avoir un fils a qui Maurin apprendrait un jour ses ruses de chasseur, la ravissait.

Maurin, le brave garcon, guettait l’evenement. Il trouva Clairette un matin, dans son pauvre logis, couchee sur un lit de feuillages. Il y avait des bruyeres toutes violettes, des queirelets qui sentent le vin nouveau et des clematites qui sentent l’amande. Le matin meme, il avait pris dans un trou de roche, deux mignons renardeaux vivants, tout droles avec leur gaucherie de nouveau-nes et leurs airs feroces inoffensifs. Il les portait dans son vaste carnier, ayant relegue dans sa chemise bouffante les engins de chasse qui l’encombraient. Claire et Maurin se dirent peu de chose. La fille fut contente d’etre delivree; l’homme, d’avoir un fils, un autre lui-meme, une chose a lui, vivante, sortie de lui, de ses jeunes forces inquietes. Elle voulut faire passer son enfant entre les branches basses d’un vieux chene des fees, cela rend les enfants sains et vigoureux. Maurin y consentit et alors le pere et la mere se mirent a rire ensemble, tout de suite, dans cette clairiere, au fond de ce bois ou, des leur premiere rencontre, ils avaient ri de meme. Le vieux cantonnier frappait des pierres, la-bas, sur la route, et l’echo de la montagne leur envoyait chaque drive-master.com frappement redouble deux fois. Cela aussi les faisait rire.

Oui, les choses se passerent ainsi parce que Clairette avait peur de son pere plus que de la douleur et de la mort.

Maurin la laissa debout et joyeuse.

Le soir, en rentrant chez lui, il souleva doucement la couverture de cuir de son carnier qu’il portait avec precaution entre ses bras. Et, d’un air de mystere et de joie, il le presenta tout ouvert a sa mere. La vieille vit l’enfantelet tout nu, qui dormait bien au chaud sur le poil roux des deux mignonnes betes endormies comme lui. –Tenez, mere, il faudra me nourrir tout ca! Depuis ce temps, la Claire etait morte et Maurin, a mesure que son petit grandissait, s’etait mis a l’aimer beaucoup, bien qu’il le vit rarement ou peut-etre a cause de cela meme. Quand il venait, par hasard, passer quelques heures au logis, dans sa cabane de bois de la Foux, il jouait avec le petit, s’amusait a se le faire apporter par son grand bon chien d’arret, un enorme griffon qu’il avait baptise Hercule; et le pere riait, a gorge deployee, de voir les essais maladroits de l’enfant pour marcher et pour vivre.

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