Elle arriva ainsi tout doucement jusqu’aupres du dormeur, la tete retournee en arriere et le doigt

Ces deux personnes accusaient, la femme cinquante et l’homme soixante ans a peu pres; leurs traits, assez vulgaires, n’avaient rien de saillant, excepte une certaine expression d’energique volonte repandue sur leur physionomie. La femme portait le costume des rancheras mexicaines; quant a l’homme, c’etait un vaquero. Tous trois, arrives pres de l’inconnu, se placerent devant lui et demeurerent immobiles, le regardant dormir.

En ce moment, un rayon de soleil entra par la fenetre ouverte et vint frapper le visage de l’inconnu. –Vive Dieu! s’ecria celui-ci, en francais, en se relevant brusquement tout en ouvrant les yeux, je crois, le diable m’emporte, que je me suis endormi. –Parbleu! Monsieur Olivier, repondit le ranchero dans la meme langue, quel mal y a-t-il a cela? –Ah! Vous voila, mes bons amis, dit-il avec un gai sourire en leur tendant la main; joyeux reveil pour moi, puisque je vous trouve a mes cotes.

Bonjour Louise, mon enfant, bonjour mere Therese, et toi, ici mon vieux Loick, bonjour aussi! Vous avez des figures de prosperite qui font plaisir a voir. –Que je suis fachee que vous vous soyez ainsi eveille, monsieur Olivier! dit la charmante Louise. –D’autant plus que vous etes fatigue sans doute, appuya Loick. –Bah, bah! Je n’y pense plus, vous ne vous attendiez pas a me trouver ici, hein? –Faites excuse, monsieur Olivier, repondit Therese, Lopez nous avait appris votre arrivee. –Ce diable de Lopez ne peut pas retenir sa langue, dit gaiment Olivier, il faut toujours qu’il bavarde. –Vous allez dejeuner avec nous, n’est-ce pas? demanda la jeune femme. –Est-ce que cela se demande, fillette, dit le vaquero; il ferait beau voir, que monsieur Olivier nous refusat, par exemple.

–Allons bourru, dit en riant Olivier, ne grondez pas, je dejeunerai. –Ah! C’est bien cela, s’ecria la jeune femme. Et aidee par Therese, qui etait sa mere, comme Loick etait son pere, elle se mit aussitot a tout preparer pour le repas du matin. –Mais vous savez, dit Olivier, rien de mexicain; je ne veux pas entendre parler ici de l’affreuse cuisine du pays. –Soyez tranquille, repondit en souriant Louise; nous dejeunerons a la francaise. –Bravo, voila qui double mon appetit. Pendant que les deux femmes allaient et venaient de la cuisine a la salle a manger pour preparer le dejeuner et mettre le couvert, les deux hommes etaient demeures isoles aupres de la fenetre et causaient entre eux. –etes-vous toujours content? demanda Olivier a son hote. –Toujours, repondit celui-ci; don Andres de la Cruz est un bon maitre, d’ailleurs, comme vous le savez, j’ai peu de rapport avec lui. –C’est vrai, vous n’avez affaire qu’a no Leo Carral. –Je ne me plains pas de lui, c’est un digne homme tout mayordomo qu’il est; nous nous entendons parfaitement.

–Tant mieux! J’aurais ete desole qu’il en fut autrement, d’ailleurs c’est a ma recommandation que vous avez consenti a prendre ce rancho et s’il y avait quelque chose. . . –Je n’hesiterais pas a vous en faire part, monsieur Olivier; mais de ce cote la tout va bien.

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