–eh! parbleu! tu es le fils de guillaume grinedal! le fauconnier

N’ai-je pas vu la petite maison en dehors du faubourg? –Vous! s’ecria Belle-Rose, qui, a son tour, se mit a etudier les traits du general avec une avide curiosite. –Mais tu n’as donc pas garde le moindre souvenir d’une journee dont pas une heure ne s’est effacee de ma memoire! Ah! tu n’as pas fait mentir ma prediction: le brave enfant est devenu un brave officier! –Le colporteur! dit enfin Belle-Rose avec explosion.

–Eh oui! le colporteur, devenu, par la grace de Dieu, general au service du roi. Les temps ne sont plus les memes, le coeur seul n’est pas change. Enfant, tu m’as rendu service; homme, c’est a mon tour a te servir. –Eh bien, monsieur le duc, s’il est vrai que vous vous souveniez de cette nuit passee sous le toit de Guillaume Grinedal, permettez-moi de ne pas vous demander d’autre preuve de votre bienveillance que la vie de M. de Nancrais.

–Encore! –Toujours! Je ne veux rien et n’attends rien pour moi; mais faites que cette rencontre inesperee sauve mon capitaine comme notre premiere rencontre vous a ete de quelque secours.

Entre tous les jours de ma vie ce seront deux jours benis. M. de Luxembourg tournait et retournait le medaillon entre ses doigts, caressant du regard une image que le couvercle chasse venait de mettre a decouvert. –Tu n’as pas non plus change, toi, mon ami Jacques, dit-il; tu es toujours le meme garcon fier et resolu.

Allons, va. Je ferai pour M. de Nancrais tout ce que les lois militaires me permettront. Belle-Rose comprit cette fois qu’il n’avait pas a rester davantage; il s’inclina devant le general et sortit. La Deroute l’attendait au dehors. Aussitot qu’il reconnut son lieutenant dans la nuit, il courut vers lui. –C’est vous, enfin! s’ecria-t-il. Voila une heure que je craignais que vous n’eussiez ete rejoindre M. de Nancrais pour ne plus le quitter. –Eh! il s’en est fallu d’une etincelle que je ne partisse avant lui! –Avant? –Oui, mais l’etincelle a fait long feu. –Que Dieu la benisse! Et M. de Nancrais? –Il n’est pas si mort que tu pensais.

–Vous avez donc vu M. le duc? –Je lui ai parle: c’est un excellent militaire, prompt a la replique, ferme, decide, capable de tuer un homme comme un chasseur une alouette, mais au fond doux comme une demoiselle. –C’est-a-dire qu’on est sur de tout obtenir a la fin quand il ne vous fait pas sauter la tete au commencement. –Justement; tiens, prends ce louis et va boire a sa sante. –Je vais me griser, lieutenant. Le lendemain, au point du jour, un officier de la maison du general vint prevenir Belle-Rose qu’il etait attendu dans la grande chambre du voir la page conseil. Belle-Rose revetit l’uniforme et partit.

Quand il entra dans la salle, le coeur battit a coups redoubles dans sa poitrine. M. le duc de Luxembourg, entoure d’un brillant etat-major, etait assis dans un grand fauteuil; parmi les grands officiers de sa suite, plusieurs portaient par-dessus l’habit le cordon des ordres de Sa Majeste. M. de Luxembourg salua Belle-Rose de la main et lui indiqua une place situee de maniere a bien voir tout ce qui allait se passer.

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