–eh! mais c’est justement pour l’aider a s’arrondir que je me rends chez lui! dit belle-rose

–Allez donc, vous serez le bienvenu.

Belle-Rose poussa du cote de la maison avec la Deroute, qu’il laissa devant la porte avec les deux chevaux, et entra dans le jardin. –M. Bergame? dit-il a un petit garcon qui ravaudait parmi ce site les espaliers. Le petit garcon, qui etait maigre, pale et chetif, regarda Belle-Rose d’un air fute. –De quelle part venez-vous, monsieur? dit-il avec un accent italien assez prononce. –De la mienne, repondit Belle-Rose. Le petit garcon salua avec beaucoup de politesse.

–C’est tres bien, monsieur; mais M. Bergame, etant fort occupe, ne saurait vous recevoir a present. Il faudrait repasser.

–Allons, pensa Belle-Rose, c’est un siege a faire. Et il reprit: –Ne pourriez-vous pas dire a M. Bergame qu’il s’agit d’une affaire d’importance? –Pour qui, monsieur? dit l’enfant d’un air simple qui cachait une grande malice. –Eh! mais pour lui, sans doute! s’ecria Belle-Rose. –Pardonnez-moi, monsieur, reprit l’enfant d’un petit ton patelin, mais c’est qu’en general les personnes qu’on ne connait pas ont toujours pour entrer chez les gens de belles affaires a traiter. Belle-Rose eut quelque envie de saisir le petit drole par le cou et de le baillonner; mais il y avait du monde sur la route, il ne connaissait pas les etres de la maison; ce n’etait pas le moment d’employer la violence. –Allons! repliqua-t-il de l’air d’un homme qui se decide a parler, puisque tu veux tout savoir, prends ce louis pour toi, et cours dire a M. Bergame qu’il s’agit de cent mille livres a recevoir. A la vue de l’or, les yeux du petit garcon etincelerent.

Ses doigts saisirent la piece comme les pinces d’une tenaille, et il pria Belle-Rose de le suivre. –Fourbe, mais avide! pensa Belle-Rose: un vice corrige l’autre. L’enfant laissa Belle-Rose dans une salle au rez-de-chaussee, grimpa l’escalier qui conduisait a l’etage superieur avec la souplesse d’un chat, et redescendit deux minutes apres. –Suivez-moi, monsieur, dit-il a Belle-Rose, M. Bergame est la-haut qui vous attend. Le petit garcon introduisit Belle-Rose dans une piece carree ou, du premier coup d’oeil, le fils du fauconnier chercha la fameuse armoire dont lui avait parle M. de Luxembourg. Elle etait dans un coin, sous une tapisserie qui aurait dissimule sa presence a un homme moins bien renseigne. M. Bergame regarda rapidement Belle-Rose avec l’expression d’un chat qui guette sa proie. –Vous avez une somme d’argent a me remettre, avez-vous dit, monsieur? ou bien ce jeune enfant, dont il faut excuser la simplicite, s’est-il trompe en me rapportant vos paroles? dit-il a Belle-Rose. –Cet enfant vous a dit la verite, monsieur Bergame, repondit Belle-Rose, et je suis tout pret a vous compter les cent mille livres qu’on m’a confiees.

–Fort bien, monsieur, c’est une somme que je recevrai–quand vous m’aurez dit pourquoi elle m’est envoyee. Belle-Rose ne se meprit pas a l’expression du regard que lui jeta M.

Bergame. L’enfant rodait autour d’eux: c’etait un temoin incommode au cas ou il faudrait employer la menace; Belle-Rose resolut de s’en debarrasser.

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