Eh bien, je te sens sur le chemin de manquer de parole a alessandri

Tu penses trop a l’autre. . . ici a ce bandit de Maurin. Cela me contrarie, je te laisse voir ma mauvaise humeur a toute minute; je me fache trop souvent; tu m’en veux, tu t’irrites; cela n’arrange pas les choses.

. . au contraire, tu n’en penses peut-etre que davantage a ton mauvais sujet. C’est pourquoi j’ai resolu de te parler serieusement et c’est ce que je fais en ce moment-ci. Si tu es ensorcelee ou pres de l’etre, pour l’amour de Dieu, resiste! Va voir un cure. Adresse-toi a la Madone, mais ne te laisse pas perdre. Ce Maurin est un gueux qui trompe les filles, tout le monde le sait, et qui tromperait sa femme. Et avec ce gendre-la je serais bien sur de rester toute ma vie sans avancement, ou meme d’etre force de prendre ma retraite.

Ce discours toucha beaucoup la violente Tonia. Les coleres habituelles de son pere la mettaient en revolte. Cette ferme douceur, cet appel a sa raison la soumirent du premier coup. –Helas! repondit-elle, vous avez raison, mon pere. Je me dis cela bien souvent. Et, comme vous le devinez, je me sens ensorcelee; et si, oui, la Madone ne me delivre pas, je suis sure que les choses n’iront pas bien. Alors, pour vous obeir, je fais le serment d’aller, pieds nus, jusqu’a Notre-Dame-des-Anges, de Pignans, en m’arretant a chaque saint pilon, et en la priant a genoux devant chacune de ses images, afin qu’elle me delivre de ce mauvais sort. –Je suis heureux de te voir sage, dit le pere. Je vais chercher les moyens de te faire conduire jusqu’a Pignans. De la, tu monteras a Notre-Dame; puis, au jour dit, tu en redescendras de ce cote-ci, en marchant vers Collobrieres, qui est proche d’ici et ou je t’attendrai.

Orsini alla trouver un vieux marchand de chataignes qui devait se rendre a Pignans en carriole, et qui, peu de jours apres, prit avec lui la Corsoise. Ils passerent par Hyeres et par Pierrefeu, et ils arriverent a Pignans a l’hotel _Bon Rencontre_, chez les devotes. Les devotes etaient deux soeurs, vieilles filles, fort maussades, groumant sans cesse contre les voyageurs et contre tout au monde, meme contre les saints et contre le bon Dieu, qui laissent aller si mal les affaires d’ici-bas. Elles avaient, sur le marbre de leur commode, la statue d’un saint Antoine qu’elles mettaient en penitence, quand elles avaient a se plaindre de lui, ce qui arrivait souvent. Alors, elles le retournaient face au mur, en l’accablant de reproches. Mais, malgre leur mechante humeur legendaire, leur auberge etait fort bien achalandee, parce que tout y etait d’une proprete meticuleuse, et la cuisine digne d’un eveque gourmand. On avait annonce aux devotes la visite de Tonia. Un jeune ami d’Orsini, passant par la deux jours auparavant, les avait priees d’etre aimables pour la Corsoise et de veiller sur elle. Elles la recurent comme si elles l’eussent toujours connue. –Comme ca, vous allez a Notre-Dame-des-Anges? C’est un voeu? oui! Pieds nus? Oh! ne faites pas ca! Ni les saints ni le bon Dieu n’exigent qu’on se rende malade. « Dans cette saison, un mauvais rhume est vite pris.

3 commentaires

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