–ecoutez, monsieur, lui dit-il d’une voix ferme, je suis ici le maitre, etant chez moi

Vous etes venu sans ordre et sans titre pour je ne sais quelle mission que vous n’avez pas le droit d’exercer. Vos bandits ont fait feu sur ma maison, la maison d’un gentilhomme. J’aurais pu vous faire batonner par mes gens et jeter dans la rue, je ne l’ai pas fait. Vous vous etes battu, vous avez ete vaincu, pour moi vous etes mort; souvenez-vous de nos conditions. Si maintenant vous dites un mot, si vous criez, si vous appelez, foi de gentilhomme, je vous brule la cervelle. M. de Pomereux prit un pistolet et l’arma. Il etait un peu pale et ne riait plus. Il y eut un instant de silence terrible.

M. de Charny ne craignait pas la mort, mais si la mort le frappait, l’espoir de la vengeance lui echappait. Il regarda M. de Pomereux l’espace d’une seconde. Le visage du comte exprimait une resolution froide, et il n’etait pas douteux qu’il n’executat sa menace au premier cri. M. de Charny se tut et s’assit.

–La voiture de M. le comte est attelee! cria Labranche en ouvrant la porte.

La Deroute disparut un instant sur un signe de Belle-Rose et revint tenant dans ses bras le petit Gaston qui dormait paisiblement. –Suivez-moi, mes amis, et vous, monsieur, passez, ajouta-t-il en s’adressant a M. de Charny. On descendit le grand escalier. Quand on fut en bas, M.

de Pomereux se tourna vers deux de ses gens. –Vous voyez bien monsieur, leur dit-il en designant M. de Charny, je vous le confie et vous m’en repondez. Dans une heure, vous lui ouvrirez les portes de l’hotel. Les laquais s’inclinerent et l’on passa. Le carrosse aux armes du prince de Conde etait attele de quatre chevaux, les postillons etaient en selle; les piqueurs, armes de torches enflammees, attendaient le signal du depart pour courir en avant; des laquais, armes de mousquetons et d’epees, se tenaient aux portieres a cheval.

M. de Pomereux fit monter Belle-Rose, la Deroute et l’enfant; lui-meme s’assit pres d’eux. –Allez! dit-il. La grande porte de l’hotel roula sur ses gonds, les piqueurs s’elancerent au galop, secouant leurs torches, le carrosse les suivit, et toute l’escorte s’ebranla au milieu des eclairs et du bruit. La marechaussee attendait dans la rue. A la vue du carrosse ou l’ecusson aux trois fleurs de lis d’or etincelait et de cet appareil magnifique, elle hesita. Elle etait sans voir la page chef et privee d’ordre. Celui qui commandait la bande obeit au proverbe et s’abstint. –Place au carrosse de monseigneur le prince de Conde! crierent les piqueurs dont les chevaux hennissaient et piaffaient. Les archers eblouis s’ecarterent, et le cortege passa comme la foudre, illuminant les tenebres de Paris. –C’est egal, mon cher, dit M.

de Pomereux a Belle-Rose quand ils eurent tourne le coin de la rue du Roi-de-Sicile, je crois que vous auriez mieux fait de tuer M. de Charny.

XLIX LE PRINTEMPS DE 1672 Au lieu de se diriger sur Chantilly, le carrosse de M.

de Pomereux, aussitot qu’on eut depasse Saint-Denis, tourna du cote de Pontoise. Gaston, qui avait un moment ouvert les yeux, les ferma bientot et se rendormit, berce par le mouvement de la voiture.

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