–ecoutez-moi d’abord, vous me tuerez apres, si c’est votre volonte, dit genevieve

–Prenez garde, madame, ce n’est point ici une vaine menace.

Vous avez un compte terrible a rendre, peut-etre allez-vous me contraindre a venger un mort! –Le venger? Oh! fit-elle, vous ne le vengeriez pas en me tuant! L’expression du regard et de la voix etait si dechirante, le sens de ces paroles etait si clair, que Belle-Rose se sentit remue jusqu’au fond du coeur. –Parlez! lui dit-il, parlez! Vous savez bien que, quoi qu’il arrive, ce n’est pas moi qui peux vous punir! Mme de Chateaufort prit silencieusement la main de Belle-Rose et la porta a ses levres.

Ce baiser muet glissa comme une flamme dans les veines du jeune officier. Il sentit son courage mollir, et degageant sa main de l’etreinte de Genevieve, il lui fit signe de s’asseoir. Genevieve s’assit; sa tete etait pale et desesperee comme le visage de marbre de Niobe; sa respiration etait oppressee, et malgre la chaleur precoce de la saison, ses dents claquaient. –Renoncez a cette explication, lui dit Belle-Rose; je n’ai qu’une question, une seule a vous adresser. Votre reponse suffira. –Vous ne saurez rien, ou vous saurez tout, reprit la duchesse avec fermete.

Vous etes mon juge et mon maitre; ecoutez-moi. Belle-Rose connaissait trop bien Mme de Chateaufort pour se meprendre a l’accent de sa voix. Jusque dans la soumission de cette femme il y avait de la reine qui veut et sait se faire obeir. Il se tut et attendit. –J’avais quinze ans, reprit-elle, quand je vis M. d’Assonville pour la premiere fois. Les guerres de la Fronde ensanglantaient alors la France. J’habitais avec ma mere, une Espagnole alliee a la famille des Medina, un chateau voisin d’ecouen. –Je le connais, dit Belle-Rose. –Un soir que je me promenais seule dans le parc, j’entendis le bruit d’une mousquetade aux environs; la peur me prit, et je me mis a courir dans la direction du chateau. Tout a coup, au detour d’une allee, un officier se presente a moi; il etait pale, effare, sanglant. –Sauvez-moi, me dit-il d’une voix eteinte, et il roula au pied d’un arbre. –On entendait le pietinement d’une troupe de cavaliers a peu de distance.

Je m’elancai vers la petite porte du parc; mais il n’etait plus temps, le chef de la bande m’apercut. –N’avez-vous pas vu ici un officier? dit-il. Dieu m’inspira le courage de mentir. –Non, repondis-je resolument. J’ai entendu la fusillade et suis accourue pour fermer la porte. Tout en parlant, je me sentais defaillir, mais mes yeux ne quittaient pas le cavalier.

–Ainsi, vous n’avez pas peur? reprit-il. –Peur!.

. .

Je suis fille de M. de La Noue, qui est bon gentilhomme. –Bien! c’est un des notres! fit le cavalier, et il s’enfonca dans le bois. Quand la troupe eut paris click disparu, je poussai la porte et retournai vers l’officier, que je trouvai sur l’herbe. Il s’occupait a etancher le sang qui sortait de ses blessures. –Vous n’avez plus rien a craindre, lui dis-je. Si vous pouvez encore marcher, appuyez-vous sur moi, et je vous aiderai a gagner un pavillon qui est ici tout pres.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *