Du reste, il souhaitait par-dessus tout etre debarrasse de l’aigle

Il disait a Maurin, trois fois par jour: –Je n’aurais pas cru ca si difficile. C’est vrai qu’elle se mefie, la bougre! Si Secourgeon avait eu des soupcons, il aurait epie Maurin, il l’eut surpris avec sa femme, et alors, de maniere ou d’autre, il se serait venge. Mais il n’avait pas de soupcons. L’aigle complice couvrait tout de ses grandes ailes. Et depuis quelques semaines, Maurin et Mise Secourgeon se retrouvaient, a des moments fixes, dans le pauvre cabanon du cantonnier, lequel riait dans sa barbe tout en cassant des pierres au bord de la route, entoure de ses animaux familiers, a savoir: 1º un renard, 2º une belette, et 3º une couvee de perdreaux devenus perdrix. C’etait un charmant spectacle, a l’heure ou le cantonnier, apres journee faite, mettait en poche ses oeilleres enormes, de voir, sur ses talons, dans la poussiere de la route, courir quinze perdreaux alertes, suivis d’une gentille belette que suivait un renard reveur, sa queue ramee tombant vers la terre avec un peu de melancolie. CHAPITRE XXII Mefiez-vous d’un cantonnier qui a pour amis un renard femelle, quinze perdreaux et une belette. On vit Celestin Grondard, sur la route, avoir avec Saulnier, le casseur de cailloux, de furtifs conciliabules. Et voir la page en quittant Saulnier, Grondard, chaque fois, souriait a belles dents blanches sous son masque noir. On vit, d’autre part, le pere Francois, le matelassier, causer avec le cantonnier et celui-ci presenter a la gourmandise de son renard deux herissons tues par Maurin a son intention. Ensuite de quoi Francois, etant alle refaire les matelas a la ferme des Agasses, causa plus que de raison avec Secourgeon en personne. Secourgeon lui dit que Maurin etait une canaille et qu’il avait a se venger de Maurin! Francois lui apprit que Grondard voulait lui parler, a lui Secourgeon, mais pas a la ferme, car il ne voulait pas etre vu. Il s’agissait d’une grave affaire. Et,–chose bizarre et inquietante,–apres avoir familierement cause avec Secourgeon et Grondard qui haissaient Maurin, le pere Francois s’entretint avec ce meme Maurin comme avec un ami.

Et la Margaride, la solide servante de l’auberge, qui accordait ses faveurs au gendarme Sandri et qui aurait du fuir Maurin, accepta de celui-ci un lievre et deux perdreaux, qu’elle vendit un peu cher au conducteur de la diligence d’Hyeres et dont le prix lui paya un bien joli foulard rouge. Oubliait-elle le gendarme ou trahissait-elle Maurin? Grondard aurait pu dire que Saulnier lui avait raconte comment, depuis des semaines, il pretait sa cabane au braconnier et a la femme de Secourgeon et quels etaient le jour, l’heure du prochain rendez-vous des deux coupables. Enfin Secourgeon, sur les conseils du gendarme, transmis par le matelassier Francois et par Grondard, avait demande dans les formes a M. le maire une constatation de flagrant delit. Comment Maurin, si aime dans le pays, comment Maurin, si avise, s’etait-il laisse prendre dans une intrigue aussi compliquee? Il y a des traitres au fond des bois tout comme dans les villes.

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