Dona dolores, a demi couchee sur un hamac en fil d’aloes, s’amusait a agacer une jolie

La jeune fille etait charmante ainsi; jamais le comte ne l’avait vue si belle. Apres l’avoir saluee profondement, il s’arreta sur le seuil de la porte en proie a une admiration melee d’une stupefaction si grande, que dona Dolores, apres l’avoir un instant regarde, ne put retenir son serieux et partit d’un franc eclat de rire. –Pardonnez-moi, mon cousin, lui dit-elle, mais vous faites une si singuliere figure en ce moment, que je n’ai pu m’empecher. . . –Riez, riez ma cousine, repondit le jeune homme, en prenant aussitot son parti de cette gaite a laquelle il etait si loin de s’attendre, je suis heureux de vous voir d’aussi bonne humeur. –Ne restez-donc pas la, mon cousin, reprit-elle; tenez, venez vous asseoir ici, pres de moi, sur cette butaca, et de son doigt rose elle lui indiqua un fauteuil.

Le jeune homme obeit. –Ma cousine, dit-il, j’ai l’honneur de me rendre a l’invitation que vous avez daigne me faire.

–Ah! C’est vrai, repondit-elle, je vous remercie de votre obligeance et surtout de votre exactitude, mon cousin. –Je ne pouvais temoigner trop d’empressement a vous obeir, ma cousine; j’ai si rarement le bonheur de vous voir! –Est-ce un reproche que vous m’adressez mon cousin? –Oh! Nullement, madame, je ne me reconnais en aucune facon le droit de vous faire ce qu’il vous plait de nommer des reproches; vous etes libre d’agir a votre guise, et surtout de disposer de moi a votre gre. –Oh, oh! Mon cher cousin, quant a ceci je n’en jurerais pas, et s’il me prenait fantaisie de mettre ce beau devouement a l’epreuve, je crois que j’en serais pour ma courte honte et que vous me refuseriez net. –Nous y voila, pensa le jeune homme, et il ajouta tout haut: Mon desir le plus sincere est de vous complaire en tout, ma cousine, je vous en donne ma foi de gentilhomme, et quoique vous exigiez de moi, je vous obeirai.

–J’ai bien envie, don Ludovic, de vous prendre au mot, repondit-elle en se penchant vers lui avec un delicieux sourire. –Faites, ma cousine, et vous reconnaitrez a la promptitude avec site de l’entreprise laquelle je vous obeirai, que je suis le plus devoue de vos esclaves. La jeune fille demeura pensive un instant, puis elle replaca sur le perchoir de bois de palissandre, la perruche avec laquelle elle avait joue jusqu’a ce moment, et sautant a bas de son hamac, elle vint s’asseoir sur un siege a peu de distance du comte. –Mon cousin, lui dit-elle, j’ai un service a vous demander.

–A moi, ma cousine? Enfin je vous serai bon a quelque chose! –Ce service, continua-t-elle, n’est pas d’une grande importance en lui-meme. –Tant pis. –Mais je crains qu’il ne vous cause un grand ennui.

–Qu’importe, ma cousine, l’ennui que je puis eprouver, si je vous suis agreable. –Mon cousin, je vous remercie; voici ce dont il s’agit: il me faut aujourd’hui, dans quelques minutes, faire une course assez longue; pour des raisons que vous apprecierez bientot, je ne puis et ne veux me faire accompagner par aucun des habitants, maitres ou valets de l’hacienda. Cependant, comme les routes ne jouissent pas, en ce moment, d’une securite parfaite et que je n’ose me risquer seule a les parcourir, il me faut avec moi, pour me proteger et me defendre si le besoin etait, un homme dont la presence a mes cotes ne puisse donner lieu a aucune supposition malveillante; j’ai jete les yeux sur vous pour m’accompagner dans mon excursion.

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