Don jaime sortit alors, et ainsi qu’il l’avait annonce, il alla faire une courte promenade, mais

Ce fut en effet ce qui arriva: a huit heures precises l’aventurier se presenta a la porte du palais. Un huissier l’attendait pour le conduire aupres du President. Le general Miramon se promenait, triste et pensif, dans un petit salon attenant a ses appartements particuliers; en apercevant don Jaime, son visage se derida.

–Soyez le bienvenu, mon ami, lui dit-il en lui tendant affectueusement la main, j’etais impatient de vous voir, car vous etes le seul homme qui me compreniez et avec lequel je puisse parler franchement, tenez, asseyez-vous la pres de moi et causons; voulez-vous? –Je vous trouve triste, general; vous serait-il arrive quelque chose de facheux? –Non, mon ami, rien; mais vous le savez depuis longtemps deja, je n’ai pas beaucoup de motifs d’etre gai; je quitte madame Miramon: la pauvre femme tremble, non pas pour elle, la bonne et douce creature, mais pour ses enfants, elle voit tout en noir et prevoit des malheurs terribles, elle a pleure: voila pourquoi vous me voyez triste. –Mais pourquoi, general, ne pas eloigner madame Miramon de cette ville qui d’un jour a l’autre peut-etre assiegee? –Je le lui ai propose plusieurs fois deja, j’ai insiste meme en essayant de lui faire comprendre que l’interet de ses enfants, leur surete, exigeaient imperieusement cette separation; elle a refuse, vous savez combien elle m’aime, elle est partagee entre l’amour qu’elle a pour moi et son affection pour ses enfants, et elle ne peut se resoudre a prendre un parti; quant a moi, je n’ose la contraindre a partir; aussi ma perplexite est-elle extreme. Le general detourna la tete en etouffant un soupir. Il y eut un silence. Don Jaime comprit que c’etait a lui a detourner la conversation et a lui faire prendre un tour moins penible pour le general. –Et vos prisonniers? lui demanda-t-il. –De ce cote-la, tout est arrange; grace a Dieu, ils n’ont plus rien a redouter pour leur surete; aussi les ai-je autorises a sortir par la ville afin de visiter leurs amis et leurs parents.

–Tant mieux, general, je vous avoue que j’ai craint un instant pour eux. –Ma foi, mon ami, je puis maintenant vous dire franchement que j’ai eu plus peur que vous encore, car dans cette affaire c’etait mon honneur qui etait en jeu. –C’est vrai, mais voyons maintenant: avez-vous quelque nouveau projet? Avant de repondre, le general fit le tour du salon et sans affectation il souleva les portieres afin de s’assurer que personne n’etait aux ecoutes. –Oui, dit-il enfin, en revenant vers don Jaime; oui, mon ami, j’ai un projet, car je veux finir une fois pour toutes: ou je succomberai, ou mes ennemis seront abattus pour jamais. –Dieu veuille que vous reussissiez, general. –Ma victoire d’hier m’a rendu sinon l’espoir, du moins le courage; je veux tenter un coup decisif. Je n’ai plus rien a menager a present, je veux risquer le tout pour le tout, la fortune peut encore me sourire. Ils s’approcherent alors d’une table sur laquelle ici etait etendue une immense carte de la Confederation mexicaine, piquee en differents endroit d’une infinite d’epingles.

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