Don jaime et dona maria s’etaient eloignes de lui avec horreur

Il demeura ainsi plusieurs minutes etendu sur le plancher de la salle, sans que les assistants fissent un mouvement pour le secourir; enfin, dona Maria se pencha vers lui. –Arretez, ma mere! s’ecria le jeune homme, ne touchez pas ce miserable, ce contact vous souillerait. –Je lui ai pardonne! dit-elle faiblement. Cependant, peu a peu, don Horacio avait repris ses sens; il se releva lentement; ses traits, affreusement contractes, avaient une expression de resolution etrange. Il se tourna vers Dominique: –Vous l’exigez, dit-il, soit, la reparation sera eclatante. Il fouilla dans le tiroir d’un meuble soigneusement ferme et dont il ouvrit la serrure au moyen d’une cle pendue a son cou par une chainette d’or, prit quelque chose qu’on ne put voir, repoussa le tiroir, puis, marchant d’un pas ferme vers la porte, il l’ouvrit a deux battants. –Entrez, caballeros, entrez tous, cria-t-il d’une voix stridente.

En un instant la chambre fut remplie de monde. Seuls, le comte de la Saulay et don Estevan, sur un geste significatif de don Jaime, etaient restes dans le salon avec les jeunes filles. Don Jaime s’avanca alors vers sa soeur, et lui offrant le bras: –Venez, lui dit-il, venez, Maria, cette scene vous tue; votre place n’est plus ici, maintenant que vous avez pardonne a cet homme. Dona Maria n’opposa qu’une faible resistance et suivit son frere, qui la conduisit le site dans le salon dont il referma la porte sur elle. On entendit le roulement d’une voiture, c’etaient les trois dames qui, emmenees par le comte, retournaient dans leur maison. Au meme instant, un bruit d’armes resonna au dehors. –Qu’est-ce cela? dit don Horacio avec un geste d’effroi. Des pas nombreux s’approcherent, les portes s’ouvrirent avec fracas, et des soldats parurent. A leur tete venaient le prefet de la ville, l’alcade mayor et plusieurs corchetes. –Au nom de la loi, dit le prefet d’une voix breve, don Antonio Cacerbar, vous etes mon prisonnier; corchetes, emparez-vous de cet homme. –Don Antonio Cacerbar n’existe plus, dit don Jaime en se jetant vivement entre les agents de police et son beau-frere.

–Merci, repondit celui-ci, merci d’avoir sauve l’honneur de mon nom; senores, dit-il d’une voix haute, en montrant Dominique immobile a ses cotes, voici le duc de Tobar; je suis un grand coupable, priez Dieu qu’il me pardonne. –Allons, corchetes, s’ecria le prefet, emparez-vous de cet homme, vous dis-je.

–Venez donc, repondit froidement don Horacio en portant vivement la main a sa bouche. Soudain, il palit, chancela comme un homme ivre, et roula sur le sol sans pousser meme un soupir.

Il etait mort. Don Horacio s’etait empoisonne. –Senores, dit alors don Jaime au prefet et a l’alcalde mayor, votre mission s’arrete devant la mort du coupable, son cadavre appartient desormais a sa famille; veuillez vous retirer. –Que Dieu pardonne a ce malheureux ce dernier crime! dit le prefet; nous n’avons plus rien a faire ici. Et, apres s’etre incline ceremonieusement, il se retira avec toute sa suite.

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