Don benito juarez est avocat: nous constaterons en passant, que depuis la proclamation de l’independance mexicaine,

Or, JuArez n’etant pas militaire ne pouvait se mettre a la tete de son armee; aussi avait-il fixe sa residence a la Veracruz, dont provisoirement il avait fait sa capitale, et avait nomme don GonzAlez Ortega general en chef avec les pouvoirs les plus etendus quant a la question de strategie militaire; s’en rapportant entierement a ses connaissances speciales et a son experience pour la conduite de la guerre; mais il s’etait reserve completement la question diplomatique; ne voulant pas que le general Ortega, brave soldat, mais fort mauvais negociateur, compromit, par une generosite mal entendue, les succes qu’il attendait de sa politique voir la page cauteleuse et sournoise. Le general Ortega etait celui par lequel Miramon avait ete vaincu a Silao; le ressentiment de cette defaite etait reste toujours present dans le coeur du president et il eprouvait le plus vif desir de laver l’affront qu’il avait recu en cette circonstance; aussi, oubliant sa prudence habituelle, contre l’avis de ses plus sages conseillers, il insista dans le conseil, pour que la premiere attaque fut dirigee contre le corps a la tete duquel se trouvait Ortega. Du reste, les motifs qu’il alleguait pour faire adopter cette resolution, bien qu’assez specieux, ne manquaient pas cependant d’une certaine logique. Il pretendait que Ortega, commandant en chef et se trouvant a la tete du corps le plus nombreux, onze mille hommes, s’il reussissait a le battre, la demoralisation se mettrait dans l’armee ennemie, dont on aurait alors bon marche. Le President soutint son opinion avec tant d’eloquence et d’opiniatrete, qu’il finit par vaincre l’opposition des membres du conseil et faire definitivement adopter le plan qu’il avait concu; une fois cette decision prise, le general, ne voulant pas perdre un instant pour la mettre a execution, indiqua pour le lendemain une revue de toutes les troupes et fixa le depart pour le jour meme afin de ne pas laisser refroidir l’enthousiasme des soldats.

Lorsque le conseil fut enfin leve, le President se retira dans ses appartements, afin de prendre ses dernieres dispositions, mettre ordre a ses affaires personnelles, et bruler certains papiers compromettants qu’il ne voulait pas laisser derriere lui. Depuis plusieurs heures deja, le president etait renferme dans son cabinet, la soiree etait avancee, lorsque l’huissier de service lui annonca la visite de don Jaime; il donna aussitot l’ordre de l’introduire. L’aventurier entra. –Vous me permettez de continuer, n’est-ce pas? lui dit-il en souriant, je n’ai plus que quelques papiers a mettre en ordre et ce sera fini.

–Faites, faites, general, repondit don Jaime en s’installant dans une butaca. Le President reprit son travail un instant interrompu. Don Jaime le considera un instant avec une expression d’indicible melancolie.

–Ainsi, dit-il, votre resolution est definitivement prise, general? –Oui, le sort en est jete! J’ai franchi le Rubicon, dirai-je, s’il n’etait pas ridicule a moi de me comparer a Cesar: je vais offrir la bataille a mes ennemis.

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