Don adolfo et ses amis se retirerent discretement, laissant les dames se faire leurs confidences

Le comte, afin de veiller de plus pres sur la jeune fille, fit louer par son valet de chambre une maison, situee dans la meme rue que celle qu’elle habitait et offrit a Dominique, qui accepta avec empressement, de partager sa demeure.

Il fut convenu, afin de ne pas eveiller les soupcons et de ne pas attirer l’attention sur la maison des trois dames, que les jeunes gens n’y feraient que de courtes visites a des intervalles assez eloignes.

Quant a don site de l’entreprise Adolfo, a peine la jeune fille avait-elle ete installee chez lui qu’il avait recommence sa vie errante et etait devenu de nouveau invisible; quelquefois, lorsque la nuit etait close, on le voyait tout a coup apparaitre dans la maison des jeunes gens dont Leo Carral avait pris la direction, pretendant que, puisque le comte devait epouser sa jeune maitresse, il etait son maitre et se considerait comme son majordome; le comte pour ne pas chagriner le brave serviteur lui avait laisse carte blanche; dans ses rares apparitions, l’aventurier causait pendant quelque temps de choses indifferentes avec les deux amis, puis il les quittait en leurs recommandant la vigilance. Les choses allerent bien pendant plusieurs jours. Dona Dolores, sous l’impression bienfaisante du bonheur, avais repris toute sa gaite et son insouciance de jeune fille; elle et Carmen gazouillaient comme des colibris du matin au soir dans tous les coins de la maison; dona Maria elle-meme, subissant l’influence de cette joie si franchement naive, semblait toute rajeunie et parfois eclaircissant ses traits severes, on la surprenait a se laisser aller a sourire. Le comte et son ami, par leurs visites qui malgre les recommandations de don Jaime se faisaient de plus en plus frequentes et surtout plus longues, jetaient de la variete dans la monotonie calme de l’existence des trois dames recluses volontaires, qui jamais ne mettaient le pied dans la rue et vivaient dans l’ignorance la plus complete de ce qui se passait autour d’elles. Un soir que le comte faisait pour tuer le temps une partie d’echecs avec Dominique, et que les deux jeunes gens qui se souciaient aussi peu de leur jeu l’un que l’autre demeuraient silencieusement accoudes face-a-face sous pretexte de combiner des coups savants mais en realite pour penser a autre chose, on frappa fortement a la porte de la rue.

–Qui diable peut venir a cette heure? s’ecrierent-ils a la fois en tressaillant. –Il est plus de minuit, dit Dominique. –A moins que ce soit Olivier, dit le comte, je ne vois pas trop qui ce pourrait etre. –C’est lui sans aucun doute, reprit Dominique. En ce moment, la porte de la chambre s’ouvrit et don Jaime entra. –Bonsoir, messieurs, dit-il; vous ne m’attendiez pas a cette heure, hein! –Nous vous attendons toujours, mon ami. –Merci! Vous permettez, ajouta-t-il et se tournant vers le valet de chambre qui l’eclairait: Dressez-moi a souper, s’il vous plait, monsieur Raimbaut.

Celui-ci s’inclina et sortit. Don Jaime jeta son chapeau sur un meuble et se laissa aller sur une chaise en s’eventant avec son mouchoir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *