Dominique suivait ses mouvements d’un oeil inquiet, il se hata de lui faire boire quelques gouttes

Il voulut remercier le jeune homme. –Taisez-vous, lui dit vivement celui-ci, vous n’avez que trop parle deja. Il l’enveloppa avec soin dans son manteau et l’etendit sur le sol. –La, reprit-il, vous voici bien ainsi, ne bougez plus et essayez de dormir, tandis que j’aviserai aux moyens de vous enlever d’ici au plus vite.

Le blesse n’essaya aucune resistance; deja le somnifere qu’il avait bu agissait sur lui, il sourit doucement, ferma les yeux, et bientot il fut plonge dans un sommeil calme et reparateur. Dominique le regarda un instant dormir avec la plus entiere satisfaction. –J’aime mieux le voir ainsi que comme il etait a mon arrivee, dit-il joyeusement; ah tout n’est pas fini encore: maintenant il s’agit de partir et cela au plus vite, si je ne veux en etre empeche par les importuns qui ne tarderont pas a affluer sur cette route. Il detacha son cheval, lui remit la bride et l’amena tout aupres du blesse; apres avoir fait une espece de siege sur le dos de l’animal avec quelques couvertures auxquelles il ajouta son zarape, dont il se depouilla sans hesiter, il souleva le blesse dans ses bras nerveux avec autant de facilite, que si, au lieu d’etre un homme de haute taille et d’une corpulence assez forte, il n’eut ete qu’un enfant, et il le posa doucement sur le siege ou il l’accommoda de son mieux, tout en ayant soin de le soutenir pour eviter une chute qui aurait ete mortelle. Lorsque le jeune homme se fut assure que le blesse se trouvait dans une position aussi commode que le permettaient les circonstances, et surtout les moyens insuffisants de transports dont il disposait, il fit partir son cheval dont il tint la bride a la main, sans quitter toutefois la place qu’il avait prise aupres du blesse qu’il continua a soutenir d’aplomb sur la selle, et il s’eloigna definitivement se dirigeant vers le rancho ou nous l’avons precede d’une heure environ pour y introduire l’aventurier. IX DeCOUVERTE Dominique marchait tout doucement, maintenant d’une main ferme le blesse couche sur la selle de son cheval, veillant sur lui comme une mere veille sur son enfant; n’ayant qu’un desir, celui d’atteindre le rancho le plus tot possible, afin de donner a cet inconnu, qui sans lui serait mort si le site miserablement, tous les soins que necessitait l’etat precaire dans lequel il se trouvait encore.

Malgre l’impatience, qu’il eprouvait, malheureusement il lui etait impossible de hater le pas de son cheval de crainte d’accident a travers les chemins ravines et presque impraticables qu’il etait contraint de traverser; aussi fut-ce avec un sentiment indicible de plaisir que, arrive a deux ou trois portees de fusil du rancho, il apercut plusieurs personnes accourant vers lui. Bien qu’il ne les reconnut pas tout d’abord, cependant sa joie fut grande, car pour lui c’etait un secours qui lui venait, et bien qu’il n’eut certes pas voulu en convenir, il en reconnaissait pour lui et surtout pour le blesse l’extreme necessite, car depuis plusieurs heures deja, il cheminait cahin-caha, a travers des sentiers la plupart du temps presque impraticables, contraint de surveiller constamment cet homme qu’il avait par un miracle incomprehensible sauve d’une mort certaine et que le moindre oubli pouvait tuer raide.

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