Desorty, qui venait directement de sa prefecture, avait retrouve a bormes m

Cabissol qui, lui, arrivait de Marseille et qui devait retourner le soir a Draguignan avec son prefet. Au cimetiere, le maire s’avanca au bord de la tombe et dit: –Mes amis, notre commune aime la liberte et le devoir. Crouzillat est une victime du devoir, c’est un homme que nous estimions beaucoup. Voila pourquoi nous sommes tous ici, autour de lui.

C’etait un bon travailleur et un bon compagnon. La commune tout entiere le regrette et lui apporte, par ma voix, un dernier adieu. Le prefet s’avanca a son tour: –Mes amis, l’homme qui vient de mourir etait, me dit-on, un des bons citoyens de votre commune ou je vois bien qu’il y en a beaucoup.

Vous vous etes mis bravement en campagne, pour aider la force publique, qui fait la securite du travail et dont la tache est souvent difficile. Un de vous, dans cette tragique aventure, a laisse la vie. J’ai voulu venir aujourd’hui feliciter la commune entiere et Maurin en particulier. Il n’y a pas de meilleure police que celle que font les citoyens eux-memes, pas de meilleure garantie de nos droits, de nos libertes, que le sentiment de nos devoirs. Ce sentiment, on est heureux de le rencontrer chez des hommes rudes comme Maurin. Voila un chasseur libre, presque toujours seul dans les bois, et qui pourtant n’oublie pas ce qu’il doit a la societe. Maurin s’est mis a votre tete. Il a defendu avec vous, au peril de sa vie, la securite d’une commune a laquelle il n’appartient pas; il s’est bien conduit. Je le felicite et je le remercie. « Le mort que nous honorons me permet, me commande meme de detourner en faveur de Maurin une part des eloges qui lui reviennent. C’est Crouzillat lui-meme qui vous dit ici: « Honneur a Maurin des Maures! » Ce dernier mot etait a peine prononce qu’une voix sonore s’elevait dans l’auditoire. C’etait celle de Pastoure: –Noum de pas Diou! cria l’homme qui ne parlait jamais en public, c’est tape! Personne ne sourit. La voix de Pastoure resumait le sentiment unanime. Le petit discours avait donc produit grand effet.

Et Maurin retenait, au coin de ses yeux, une larme qui se decida a couler, lorsqu’a la sortie du cimetiere, tandis que toutes les mains pressaient la sienne, il vit venir, boitant avec sa legerete elegante, le vieux savant Rinal qui, de loin, lui fit, de sa canne levee, un signe d’amitie.

Le discours du prefet fut commente pendant plusieurs jours.

Alessandri qui, le lendemain, lut ce discours dans les journaux de Toulon, se sentit distance et resolut de faire a Tonia sa declaration amoureuse le plus tot possible. Et en pensant a la maniere dont il s’y prendrait, il fourbissait avec rage les boutons de son uniforme et la plaque de son ceinturon.

–C’est egal, se disait Pastoure, je n’aime pas drive master les honneurs; plus on en a, plus on a d’envieux et de mechants a ses derrieres. Le prefet est content, mais le gendarme est vexe. Le prefet est dans la prefecture et le gendarme vit sur les routes; je ne rencontre jamais le prefet, je peux rencontrer le gendarme tous les jours; ca me tourmente.

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