Desire s’assit familierement sur le coin de la table de m

le prefet, lequel, sceptique et curieux, se mit a l’ecouter avec le plus vif interet. –Monsieur, dit M. Desire, ce qui m’interesse, c’est l’animal nomme Homme.

L’homme est bete et mechant; mais il est ruse et j’aime a suivre tous les detours de ses ruses, jusqu’a ce que je decouvre au gite le vilain motif de ses actes. Ces sortes de recherches me seraient un mediocre regal (car elles me font repasser souvent par les memes chemins), s’il n’y avait pas des originaux–c’est-a-dire drive-master.com de braves gens. Mais il y en a.

Maurin en est. « Ah! monsieur! quel malheur de n’etre pas capable d’ecrire le roman d’un tel personnage! –Et qui vous en empeche? dit le prefet. –Je suis si paresseux a la fois et si actif! soupira M. Desire. Le regard du prefet demanda une explication. –Ecrire un roman! cinq ou six cents pages! soulever une plume! la plonger de minute en minute dans l’ecritoire! Ecrire en un jour ce qui se parle en une heure! ma paresse s’y oppose, comme aussi une activite toute physique qui me porte ailleurs. Au lieu d’ecrire et meme de lire des romans, j’en observe de vivants, j’en vis moi-meme et plusieurs a la fois. J’en suis le deroulement a travers des annees, je passe de l’un a l’autre en me jouant. Je prends le train de Nice pour voir ou en est celui que j’intitule: _Madame Z_–ou le train de Draguignan pour assister au denouement d’un autre que j’appelle: _Monsieur Y_. « J’ai trouve cet emploi de mes loisirs; et l’etude que je fais des physiologies de chacun me permet de deviner parfois, comme une sibylle, la fin de bien des aventures–souvent meme, grace aux plus faibles indices, de reconstituer les crimes et d’en retrouver les auteurs. Tout a votre service, a l’occasion, monsieur le prefet. –Il est dommage, dit le prefet, que vous restiez sur un champ d’observation et de bataille aussi etroit: il vous faudrait Lyon ou Paris. –N’oubliez pas, monsieur, dit Desire Cabissol, que je travaille pour ma seule satisfaction. Or, j’aime le Midi. On y trouve des caracteres si speciaux! Ce Maurin, par exemple, qui vous interesse tant, est une figure digne d’un pinceau de maitre; je la connais dans les details; je sais des mots de Maurin qui me rejouissent a l’egal d’un mot de la _Palferine_ dans Balzac et j’ai, de plus, la joie de l’avoir entendu moi-meme, ce mot, sur les levres d’un personnage que j’ai decouvert. Croyez-moi, monsieur le prefet, ni le billard ni le theatre ne donnent de ces plaisirs-la; ni meme la besogne du romancier, lequel se traine sur un seul roman imaginaire dans le temps que je mets a en connaitre cinquante, qui sont vecus. Je me fais l’effet d’etre une sorte d’Asmodee qui souleve les toitures et les cranes, et qui a le don d’ubiquite. –Permettez-moi de vous dire que vous etes vous-meme une figure tres originale.

–Parce que j’ose faire avec largeur tout ce que nos contemporains font petitement, lorsqu’ils suivent a la quatrieme page de leur journal toutes les pauvres histoires mal racontees sous la rubrique _faits divers_? Cela les passionne beaucoup; ils ne font pourtant qu’entrevoir en surface certains drames dont je connais, moi, tous les ressorts.

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