Des tiedeurs en emanent qui penetrent l’amant, font vibrer ses reins et ses entrailles, tendent jusqu’a

Elle ne le repousse plus et s’abandonne. Les baisers secouent leurs epaules. De la robe degrafee les seins s’erectent et renflent la peau blanche. Il la possede. Le soleil tamise par la soie des rideaux epanche une clarte mauve. Marceline, les yeux fermes, la bouche tordue, tressaille, et elle brise les cordons de ses vetements et elle force les agrafes. Puis nue divinement. Et lui la broie dans son etreinte; il mord ces machoires qui ralent. C’est, avec des sanglots, une lutte cruelle de leurs corps, des embrassements et des chocs comme s’ils se voulaient confondre jusqu’aux moelles. Ils s’aiment infiniment. Sonnent les argentines heures, rieuses. Les levres de Marceline exhalent une odeur de violette. Au soir. Un dernier rayon roule dans les ors pales de la chevelure epandue et les membres epars de l’amante s’ombrent d’ambre. V Tous les jours elle vient chez lui pour aimer. Et cette liaison se raffine de senteurs discretes de linge sobrement dentelle, sans ostentation de faveurs bleues ou roses. D’elle, cependant, Paul Doriaste ne possede que l’exterieur; il en ignore l’intime psychologie. On dirait qu’elle tache a paraitre une creature d’ame banale.

Devant les questions qui la sonderaient, elle se derobe et s’efface.

Jamais elle ne compte une ici aventure marquante qui permette d’induire une croyance sur son esprit. Surtout elle s’offre tres bonne. Elle a pour le chroniqueur de simples eloges qui flattent delicatement et pour quelques prosateurs modernes qui la delectent, elle-meme se defend de soutenir une opinion litteraire ou artistique. Tout ce qu’il desire, elle l’aime. La vie des boulevards, l’apres-midi, l’amuse. Aux courses, la correction anglaise des equipages, les gestes secs des sportsmen, les faces impassibles des Parisiens cachant des angoisses, des joies, des navrances devinables, tout ce luxe de passions et de choses la captive.

Par contre, lui repugne la semi-familiarite des restaurants; elle abhorre ces hommes qui la fixent en mangeant aux tables voisines ou crient des theories par pose, pour lui plaire. Doriaste et son mari, c’est la, semble-t-il, ses uniques affections. Le mari de Marceline, un noble de legende. Il fut benedictin. En 1870 il quitta le froc et s’engagea. Par ses relations, par son merite, il atteignit de hauts grades. Elle qui, jusque leur rencontre dans un salon, voulait vivre fille, l’aima, l’epousa. Aujourd’hui elle deplore ne pas l’avoir accompagne en Afrique. Elle prevoit des catastrophes s’il vient a savoir. . .

Mieux qu’il ne la connait, Doriaste s’imagine le mari, tant elle en parle, et il garde au fond de soi une respectueuse pitie pour le malheur de ce noble, qu’il cause. Maintes fois, la silencieuse Marceline se laisse glisser pres Doriaste et, toute blanche, la figure encadree par ses lourds cheveux blonds, a genoux sur le velours violet du divan, elle s’immobilise, les yeux vagues humant la lumiere. Et, dans la piece mauve, parmi les vieilles guipures aux tons fauves, sous les plats de cuivre rouge qui retiennent des lueurs dormantes dans leurs ciselures, la jeune femme apparait a son amant comme la frele realisation des mystiques donatrices que peint Memling dans les panneaux de ses triptyques.

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