Des qu’on est deux, l’un dit blanc, l’autre dit noir, et l’on se dispute

« Tout seul, on a bien assez de mal a faire le jour dans ce qu’on pense, sans aller s’embarrasser de repliques et de querelles. . . Parler seul, c’est comme d’ecrire une lettre qu’on n’envoie pas. Point de reponse alors ne vous embete en retour. Et, cette fois, si j’ai parle seul pour que tu m’entendes, te sachant la, c’est que j’ai cru qu’etant present en cachette, tu n’oserais repondre et que, pour une fois, il me plaisait de te donner mon bon avis qui serait un bon avis s’il ne venait pas trop tard. A present, tais-toi, et dis-moi, que faisons-nous? –Que je me taise, et que je te dise quoi faire? dit Maurin qui se rapprochait en riant a gorge deployee. Ah! que tu es bien toi, Parlo-Soulet, plus gai toujours quand tu es serieux que si tu galegeais comme moi!. .

. Quoi faire? faire a nous deux ce que tu aurais fait tout seul, je parie! Rentrer a l’auberge; et tu finiras ta partie d’ecarte avec tes « cambarades » ou plutot tu en feras une avec moi. . . que je l’ai bien gagnee. Et pendant que les gendarmes poursuivaient leur route vers Cogolin sur leurs chevaux ereintes, Maurin, dans la grand’salle des Campaux, disait a Parlo-Soulet: –Du trefle! et du trefle! je gagne la partie, mon homme! –Pourvu que ca continue, pauvre toi! repondit Pastoure, mais j’ai bien peur que les gendarmes ne gagnent la belle contre nous _deuss!_ La Corsoise, assise pres de son pere, les regardait jouer. –Belle demoisellette, lui dit Maurin, vous accepterez bien un verre de fenouillet, que? parce que quand je gagne je regale! « Et votre pere, lui aussi, acceptera de trinquer avec nous?. .

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Grivolas, un verre! Mais Grivolas l’aubergiste ronflait sur sa chaise, le dos au mur. –Margaride! cria Maurin. La servante de l’aubergiste accourut. C’etait une belle fille, a qui le gendarme Sandri faisait une cour peu honnete en attendant l’heureux jour ou il pourrait devenir le legitime epoux de Tonia la Corsoise. –Margaride, dit Maurin, donne-nous quatre verres de fenouillet, et du meilleur.

–Deux verres suffiront, dit alors le pere de la Corsoise.

Vous devriez comprendre, maitre Maurin, qu’un garde-forets ne doit pas trinquer avec vous juste dans le moment ou ses amis les gendarmes sont a votre poursuite.

Vous voila passe bandit.

Et je devrais peut-etre vous arreter moi-meme. . . Un Francais du continent n’y aurait pas manque a ma place. Tout ce que je peux faire pour vous, en ma qualite de Corse, c’est de me retirer comme si je ne vous connaissais pas. .

. Allons, viens, Tonia, rentrons chez nous. Et Orsini se retira avec sa fille qui souriait a Maurin.

Quelle suite allait etre donnee au proces-verbal des deux gendarmes,–voila ce qu’attendait avec impatience et curiosite tout le pays des Maures, qui aimait Maurin. Et comme il devenait ainsi ici un peu bandit a la maniere corse, la Corsoise s’etait mise tout naturellement a le trouver fort a son gout. Et puis, il contait si bien les gandoises (les histoires de son invention), ce galegeaire! CHAPITRE III Dialogue d’un prefet et d’un secretaire archiviste, par ou l’on verra qu’en Provence la chasse a la casquette n’enrichit pas les chapeliers.

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