Derriere les enfants, peu a peu, se forma un cercle de vieilles radoteuses dont la presence

–Le connais-tu, celui-la? –Non. Maurin a la verite n’etait pas venu souvent a Gonfaron, cette bourgade etant separee par une large plaine de ses petites montagnes mauresques. Il n’y etait guere connu qu’aux chambrees, parmi les hommes de son age, politiciens et chasseurs, ceux justement qui etaient tous absents du village a ce moment-la. Quand le cercle qui entourait Maurin fut devenu une petite ce site foule, le roi s’impatienta: –Vous auriez l’air moins etonnes, dit-il en riant, si vous voyiez voler un ane, he? Ne pas oublier le mot « ane » lorsqu’on entre dans Gonfaron, ou entrer, sans quitter ses souliers, dans une mosquee, sont deux injures de meme gravite, egalement impardonnables, aux yeux des Gonfaronnais ou des musulmans. Il y a pourtant des anes a Gonfaron, mais l’etranger bien eleve ne doit pas s’en apercevoir. Chatouilleuse a l’exces sur ce point, la population « echarperait » l’imprudent qui oserait cette bizarre inconvenance.

Une rumeur de mecontentement entoura donc subitement Maurin.

Les enfants les premiers se facherent.

–Il se fiche de nous, celui-la! C’est pour nous dire ca que tu es la plante comme un cierge? Regardez-moi cette flamberge: on dirait la tige d’un aloes! Tu ferais mieux de passer ton chemin, chasseur de carton!.

. . Va tuer des mouches!. . .

Va peindre des cages! Ainsi grondait le lionceau populaire. Maurin, qui avait l’habitude de manier les foules, sentit tres bien qu’il ne ressaisirait pas la faveur de celle-ci. Il etait maintenant en presence de plus de cent cinquante ennemis, et les plus petits n’etaient pas les moindres. –Allons, fit-il d’un air bonhomme, je n’ai pas voulu vous faire peine! Ce que j’ai dit peut se dire partout. Laissez-moi passer. Les foules sont laches.

On prit pour un accent de crainte le ton conciliant de Maurin.

–Zou! a lui! en avant les pierres! cria un gamin de quatorze ans. Otez-vous de la, les femmes!. . . qu’il a _insurte_ la patrie! Maurin s’elanca, saisit le jeune tribun par un bras et lui tirant les oreilles: –Je te les allongerai si bien que pas un ane de Gonfaron ne les aura si longues. Tu les auras si longues qu’elles seront comme des ailes, et Gonfaron, alors, verra un ane voler! Ces paroles furent le signal d’une attaque generale contre le recidiviste.

Sans souci d’atteindre ou non celui qu’ils defendaient, les petits Gonfaronnais se mirent a lancer des pierres a la tete de Maurin, lequel se _voyant mal_ comme on dit, embarrasse de son fusil et de son carnier, prit le parti de s’adosser au mur de l’eglise, pour n’avoir d’ennemis qu’en face; et soulevant son jeune adversaire gigotant et qui essayait de mordre, il s’en fit un bouclier. Hercule, paisible jusque-la, comprenant que l’affaire devenait serieuse, chargea la cohorte endiablee. Et Maurin, posant a terre son prisonnier sans lui lacher le bras, courut sus a la bande des lapideurs, tout en trainant derriere lui le grand gamin qui faisait resistance mais n’osait plus faire le mechant, occupe qu’il etait a se garer des projectiles de ses compatriotes.

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