–decidement, vous avez quelque chose, mon frere, ne put s’empecher de lui dire dona maria

–Oui, ajouta la jeune fille, cette preoccupation n’est pas naturelle, mon oncle, elle nous inquiete; qu’avez-vous? –Moi, rien, je vous assure, repondit-il.

–Mon oncle, vous nous cachez quelque chose.

–Vous vous trompez, Carmen, je ne vous cache rien, qui me soit personnel du moins; mais en ce moment, il regne une telle agitation dans la ville, que je vous avoue franchement que je redoute une catastrophe. –Serait-elle donc si prochaine? –Oh! Je ne le pense pas; seulement, peut-etre y aura-t-il du bruit, des rassemblements, que sais-je? Je vous conseille serieusement, si vous n’y etes pas absolument obligees, de ne pas sortir de chez vous aujourd’hui. –Oh! Ni aujourd’hui, ni demain, mon frere, repondit vivement dona Maria; il y a longtemps deja que nous ne sortons plus, excepte pour aller a la messe.

–Meme pour aller a la messe, d’ici a quelque temps, ma soeur, je crois qu’il serait imprudent de vous risquer dans les rues. –Le danger est-il donc si grand? fit-elle avec inquietude. –Oui et non, ma soeur; nous sommes dans un moment de crise ou un gouvernement est sur le point de tomber et d’etre remplace par un autre; vous comprenez, n’est-ce pas, que le gouvernement qui tombe est aujourd’hui impuissant a proteger les citoyens; par contre, celui qui le remplacera n’a encore ni le pouvoir, ni la volonte sans doute, de veiller a la surete publique; or, dans une circonstance comme celle-ci, le plus sage est de se proteger soi-meme. –Vous m’effrayez reellement, mon frere. –Mon Dieu, mon oncle, qu’allons-nous devenir? s’ecria dona Carmen en joignant les mains avec epouvante; ces Mexicains me font peur, ce sont de veritables barbares. –Rassurez-vous, ils ici ne sont pas aussi mechants que vous le supposez; ce sont des enfants taquins, mal eleves, querelleurs, et voila tout; mais, au fond, leur coeur est bon; je les connais de longue date, et je me porte garant de leurs bons sentiments. –Mais vous savez, mon oncle, la haine qu’ils nous portent, a nous autres Espagnols. –Malheureusement, je dois convenir qu’ils nous rendent avec usure le mal qu’ils accusent nos peres de leur avoir fait, et qu’ils nous detestent cordialement; mais on ignore que vous et moi sommes Espagnols, on vous croit _hijas del pais_, ce qui pour vous est une garantie; quant a don Estevan, il passe pour Peruvien, et moi, tout le monde est convaincu que je suis Francais; vous voyez donc bien que le danger n’est pas aussi grand que vous le supposez, et qu’en ne commettant pas d’imprudence vous n’avez, quant a present, rien a redouter; d’ailleurs, vous ne demeurerez pas sans protecteurs, je ne vous laisserai pas seules dans cette maison avec un vieux domestique, lorsqu’une catastrophe est aussi prochaine; ainsi, rassurez-vous. –Est-ce que vous resterez avec nous, mon oncle? –Ce serait avec le plus vif plaisir, ma chere enfant; malheureusement, je n’ose vous le promettre, je crains que cela me soit impossible. –Mais, mon oncle, quelles sont donc ces affaires si importantes? –Chut, curieuse; donnez-moi un peu de feu pour allumer ma cigarette, je ne sais ce que j’ai fait de mon mechero.

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