De villebrais des pieds a la tete avec un sourire de mepris, et passa sans repondre

Un jeune mousquetaire noir ramassa les cartes et les battit. –Faites le jeu, messieurs, dit-il. Mais, avant de tirer une carte, il repoussa les pieces d’or de M. de Villebrais, et otant avec affectation le gant qui les avait touchees, il le jeta dans un coin. M. de Villebrais se mordit les levres jusqu’au sang. –C’est un outrage dont vous me rendrez raison, dit-il d’une voix sourde. Le mousquetaire se leva et regarda M.

de Villebrais comme l’avait fait le vieux capitaine. –Decidement, dit-il en se retournant vers ses camarades, cette table est placee dans un lieu malpropre: on s’y frotte a de vilaines choses.

Messieurs, allons-nous-en. Un nuage rouge passa devant les yeux de M. de Villebrais.

Dans sa fureur aveugle, il voulut saisir un des officiers par le bras. Celui-ci, qui etait un cornette de chevau-legers, le repoussa et se mit tres gravement a epousseter la manche de son habit. L’elan etait donne. Personne ne croyait de sa dignite de faire autrement que le capitaine d’artillerie, qu’on citait dans l’armee pour sa droiture et sa loyaute. –Mais qui donc veut se battre de vous tous, laches! cria M. de Villebrais. Un frisson parcourut le cercle des officiers, qui s’agita; mais un capitaine de grenadiers intervint. –Je crois qu’il serait a propos de faire batonner monsieur, dit-il en designant du geste la pale victime; les valets de l’auberge pourraient nous servir a cet usage; qu’en pensez-vous? –Oui! oui! repondirent quelques voix; appelons les valets! –Arretez! reprit un lieutenant de canonniers; ce sont d’honnetes garcons que ca pourrait compromettre. Des laquais contre un bandit, la partie n’est pas franche. Quittons la place. Le cercle des officiers se rompit et chacun se dirigea vers la porte. Belle-Rose avait ete le temoin muet de cette horrible scene, il en avait froid au coeur. Au moment ou il passait devant son ancien lieutenant, M.

de Villebrais le reconnut.

–Oh! s’ecria-t-il avec un transport de rage, vous, au moins, tuez-moi!–Et le site il tira son epee. Belle-Rose appuyait deja la main sur la garde de la sienne, lorsque M. de Nancrais le saisit par le bras. –Monsieur Grinedal, lui dit-il d’une voix breve, Sa Majeste ne vous a pas donne une epee d’officier pour la salir. L’epee de Belle-Rose, a demi tiree, rentra dans le fourreau, et tous les officiers sortirent lentement. M. de Villebrais, reste seul, chancela; l’epee echappa a ses mains defaillantes, une sueur glacee mouilla ses tempes, et il tomba sur le carreau. Une heure apres cette scene, le sergent la Deroute entrait dans l’auberge de l’air d’un homme qui a une mission delicate a remplir. Du premier regard il apercut M. de Villebrais assis sur une chaise, les coudes appuyes contre une table et la tete entre les mains, pale, morne, defait. L’epee etait encore sur le sol. Les chandelles avaient ete enlevees; une seule lampe de fer pendue au plafond eclairait la vaste salle dont les angles recules se noyaient dans l’obscurite.

La Deroute fit trois pas en avant, et, otant son chapeau, s’inclina legerement.

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