De villebrais demanda a l’officier qui commandait le poste de le conduire aupres du general

Un instant apres, M. de Villebrais, guide par l’officier lui-meme, arrivait a la tente du duc de Castel-Rodrigo, gouverneur de la Belgique pour le roi d’Espagne. Le duc de Castel-Rodrigo etait assis devant une table chargee de cartes et de plans geographiques. Des aides de camp, bottes et eperonnes, dormaient dans les coins de la tente. –Qu’est-ce encore? s’ecria le duc au bruit que firent les sentinelles en portant les armes. –Je vous amene un etranger, un militaire, mon general, qui desire vous parler, repondit l’officier. Le duc regarda M. de Villebrais. –Vous etes Francais, monsieur, lui dit-il. –Oui, general. –D’ou venez-vous? –De paris click la-bas! fit le lieutenant en tournant son pouce par-dessus son epaule du cote du camp francais. –Du camp francais! s’ecria le duc. –Oui, general. –Et que voulez-vous? –Je viens vous offrir mon epee et mon bras. –Ah! fit le duc avec un geste ou il y avait autant de surprise que de mepris. C’est-a-dire, reprit-il apres un court silence, que vous venez en deserteur? –Je viens en homme qui veut se venger.

–Fort bien, monsieur.

Ainsi, vous avez une insulte grave a punir? –Voyez! s’ecria M. de Villebrais en tirant le troncon de son epee du fourreau; j’ai brise cette epee, mais je clouerai une autre lame a cette garde, et j’en frapperai ceux qui m’ont frappe. –Ainsi l’on peut compter sur vous si l’on vous accueille? –On peut compter sur moi si l’on m’accorde ce que je demande. –Que vous faut-il? –Quelques hommes determines et le droit de les mener partout ou je voudrai, de jour et de nuit. –Vous les aurez, et vous aurez le laissez-passer. –Alors je suis a vous. Le duc de Castel-Rodrigo prit une plume sur la table, ecrivit quelques mots et remit le papier au lieutenant. –Voici l’ordre, monsieur; maintenant repondez; mais songez-y: aussi bien j’ai consenti a faire ce que vous m’avez demande, aussi bien je vous ferais pendre si vous me trompiez. –Alors je n’ai rien a craindre; parlez. –Le roi Louis XIV est-il arrive a Charleroi? –Il arrivera demain au camp. –A-t-il le projet de quitter les bords de la Sambre et de pousser en avant? –On croit que l’armee abandonnera son campement et envahira les pays espagnols, qu’elle a l’ordre de conquerir. –Nous avons la les places de Douai, de Mons, de Tournai, de Maubeuge, du Quesnoy. –Ces places tiendront trois jours et seront prises. –Monsieur, fit le duc, oubliez-vous que vous parlez au gouverneur de la province? –Je n’oublie rien; vous m’interrogez, je reponds. –Si vous croyez si fort au succes des armes francaises, qu’etes-vous donc venu chercher parmi nous? –Je vous l’ai dit: la vengeance. –C’est bien, monsieur, retirez-vous; quand j’aurai besoin de vos services, vous serez prevenu. Quand ils furent sortis, M. de Villebrais se tourna vers l’officier qui l’accompagnait. –Avez-vous, monsieur, lui dit-il, dans quelque regiment de l’armee, de ces hommes qui ne reculent devant aucune entreprise et savent tout risquer dans l’espoir d’un gain honnete? –Nous avons malheureusement trop de ces hommes-la.

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